Sport en Suisse: L'alcool interdit pour les matches à haut risque

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Sport en SuisseL'alcool interdit pour les matches à haut risque

A partir de la prochaine saison de football et de hockey, la consommation d'alcool sera interdite pour les matches à haut risque. Une mesure mal accueillie par les milieux sportifs.

Les mesures ont été décidées la semaine passée, en assemblée, par la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP), a indiqué celle-ci mardi. Elles s'inscrivent dans le cadre du concordat intercantonal qui institue des mesures contre la violence lors de manifestations sportives. Elles s'appliqueront dès juin 2013 pour les matches de première division.

Pour les rencontres à risque faible ou moyen, elles ne prévoient, par rapport à aujourd'hui, que peu d'obligations supplémentaires pour les clubs et le public. Elles instaurent surtout des contrôles électroniques aux entrées, permettant d'effectuer une comparaison des pièces d'identité avec la base de données des hooligans.

Concordat en cours de ratification

Le concordat, qui a été révisé le 2 février, est en cours de ratification par les cantons. Jusqu'à présent, seuls deux y ont adhéré: Appenzell Rhodes-Intérieures et Saint-Gall. Dans les cantons de Lucerne, d'Uri, de Neuchâtel et de Zurich, des décisions parlementaires ont déjà été prises et les délais référendaires sont en cours.

Dans d'autres cantons, le processus de ratification se poursuit au niveau du gouvernement. Un article du concordat prévoit que les matches de la ligue nationale la plus élevée sont soumis à une autorisation, qui donne la possibilité aux autorités d'imposer certaines obligations.

Mesures mal accueillies

Le renforcement des mesures est mal accueilli par les instances du football et du hockey sur glace, qui le jugent disproportionné. Quant à l'association Fancoaching Suisse, elle rejette carrément le projet.

Pour l'Association suisse de football (ASF) et la Swiss Football League (SFL), les mesures doivent être «ciblées, proportionnées et réalisables et ne pas mener à une escalade», indiquent-elles mardi dans un communiqué commun. S'agissant des billets «combinés» et des contrôles d'identité à l'entrée des stades, il n'est pas prouvé, selon elles, que ces mesures répondent à ces critères.

L'ASF et la SFL estiment que les mesures répressives doivent viser les fauteurs de troubles et non les spectateurs dans leur ensemble ou uniquement le football et le hockey. Les deux organisations espèrent que les recommandations de la CCDJP seront adaptées, par les autorités et les clubs, aux conditions locales.

La Fédération suisse de hockey sur glace partage les vues des instances du football. Son directeur du sport d'élite Ueli Schwarz, interrogé par l'ats, salue le fait que les autorisations soient accordées pour toute la saison et non au coup par coup, mais il ne voit pas d'un bon oeil l'interdiction de l'alcool pour certains matches.

Risque de créer d'autres problèmes

Il n'est pas sûr que cela résolve les problèmes, car les supporters risquent d'arriver déjà complètement ivres au stade. Et si on leur en refuse l'accès, «ils sèmeront le trouble autour du stade et il faudra davantage de forces de police. Cela crée donc d'autres problèmes», estime M. Schwarz.

Les autorités du hockey suisse sont aussi «complètement contre» le système des billets combinés, martèle Ueli Schwarz. «On ne voit pas comment on peut mettre en pratique cette mesure». Pour le dirigeant, il faut absolument traiter différemment le football et le hockey, qui ne drainent pas le même nombre de spectateurs.

Ueli Schwarz accueille plutôt bien le contrôle électronique des données à l'entrée des stades pour refouler les hooligans répertoriés, mais là aussi, il appelle à être «raisonnable» dans l'application de cette mesure. Si elle retarde trop l'accès au stade et que les supporters manquent le début du match, cela créera des problèmes.

Et Ueli Schwarz d'ajouter qu'il faut s'adapter à la configuration des stades et aux infrastructures disponibles. Et qu'il est important de laisser aux clubs un certain délai pour se conformer.

Droits fondamentaux bafoués

Fancoaching Suisse, une organisation active dans le travail socioprofessionnel avec les supporters, rejette le renforcement prévu. Selon elle, on n'a guère pris en considération les droits fondamentaux et le principe de proportionnalité. Quant au système d'autorisation des matches, il «définit tous les fans de football comme un danger potentiel», selon Fancoaching Suisse.

L'organisation compte maintenant sur les parlementaires cantonaux pour examiner ces mesures de manière critique. (ats)

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