Actualisé 19.02.2012 à 10:28

Afrique du SudL'alcoolisme des mères détruit leurs bébés

Pas forcément conscientes du danger, des Sud-Africaines boivent pendant leur grossesse. Cela cause des dommages irrémédiables chez les enfants.

L'abus d'alcool en Afrique du Sud est souvent dû au manque d'information.

L'abus d'alcool en Afrique du Sud est souvent dû au manque d'information.

Le cerveau de Tisha Lourens a été endommagé quand sa mère a bu pendant la grossesse. Abandonnée à sa naissance dans un hôpital du Cap, elle est l'un des nombreux exemples de syndromes d'alcoolisation fœtale recensés en Afrique du Sud.

A bientôt seize ans, Tisha joue encore à la poupée et souffre d'un handicap mental irrémédiable. «Je peux écrire mon prénom, mais pas mon nom de famille», raconte l'adolescente noire, évitant tout contact visuel. «Elle ne peut pas lire ou écrire. Elle ne peut pas faire de calculs simples. Elle n'a pas la moindre idée du temps», explique Vivien Lourens, sa mère adoptive, blanche.

Louise Ketani, elle, a bu pendant sa grossesse. Elle se demande si ce n'est pas la raison pour laquelle sa fille Tiona est petite pour son âge et mauvaise en mathématiques. Elle blâme la pauvreté et le manque d'information: «C'était dangereux, mais je ne savais pas», se désole-t-elle.

Ceux qui boivent le font beaucoup

L'alcoolisme est à l'origine de très nombreuses malformations infantiles irrémédiables. Ironie du sort, les Sud-Africains sont en général plutôt sobres. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près des deux tiers des habitants n'ont jamais bu une goutte. Seuls 27% disent qu'ils ont pris un verre dans les douze derniers mois.

Mais beaucoup de ceux qui boivent boivent beaucoup. Parmi eux, plus de 48% des hommes et 41% des femmes disent consommer au moins l'équivalent de 60 grammes d'alcool pur au moins une fois par semaine.

Les petites villes de De Aar et Upington, dans le Cap septentrional, ont le triste privilège d'avoir les taux de syndrome d'alcoolisation fœtale les plus élevés du monde, avec 57 cas sur 1000 nouveau-nés. «C'est la malformation congénitale la plus courante», soupire M. Viljoen.

Des mesures pour lutter contre l'alcoolisme

Les autorités envisagent aujourd'hui tout un éventail de mesures juridiques pour lutter contre l'alcoolisme. L'âge légal de consommation dans les lieux publics pourrait ainsi être relevé de 18 à 21 ans, tandis que les femmes enceintes ne pourraient plus acheter de bouteilles et que la publicité sur l'alcool serait interdite. En attendant, la police a en janvier déversé dans le caniveau 200.000 litres d'alcool confisqués dans des bars illégaux.

Leana Olivier, directrice de la Fondation de recherche sur l'alcool, estime qu'une meilleure prévention est nécessaire. «Personne ne sait ce qu'est une consommation raisonnable. Pourquoi ne pouvons-nous pas donner aux gens d'informations sur l'abus d'alcool et ses effets?», interroge-t-elle. (afp)

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