Présidentielle française: L'Allemagne choquée par le ton des candidats
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Présidentielle françaiseL'Allemagne choquée par le ton des candidats

L'agressivité de la présidentielle française déconcerte l'Allemagne, qui regarde avec méfiance les propositions parfois extrêmes des candidats.

La crise de l'euro a donné une importance singulière à la présidentielle française en Allemagne, mais dans ce pays de culture consensuelle les prises de position extrêmes des candidats ont troublé.

Impôt sur les ultra-riches proposé par le socialiste François Hollande, menace de sortir la France de l'espace Schengen par le président Nicolas Sarkozy, des extrêmes de droite et de gauche totalisant plus de 25% des intentions de vote au premier tour: tous ces excès déconcertent quelque peu les Allemands.

«Dans un contexte de crise de l'euro et de populisme assez florissant, les Allemands observent attentivement les réactions de leur principal partenaire européen», souligne Chantal Mairesse, chercheuse de l'Institut de Genshagen, près de Berlin.

Culture du centre

Depuis la fin du IIIe Reich, l'Allemagne rejette les extrêmes, de droite, comme de gauche, et cultive une politique du centre.

Et de fait, actuellement, la chancelière allemande Angela Merkel s'appuie sur une «grande coalition» avec l'opposition social-démocrate pour toutes les décisions cruciales, comme le sauvetage de l'euro ou la sortie du nucléaire. Et c'est à l'heure actuelle ce qui se dessine comme résultat des législatives de l'automne 2013.

«Les excès verbaux de la campagne en France irritent parfois en Allemagne, même si l'on sait que cela fait partie de la culture politique de ce pays», renchérit Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'institut franco-allemand de Ludwigsburg.

Car, comme le Financial Times Deutschland le notait récemment: «Jamais auparavant une campagne présidentielle française n'a été autant dominée par des thèmes et des personnalités des extrêmes de l'échiquier politique».

Merkel pour Sarkozy

En début d'année, la chancelière Angela Merkel avait soutenu avec ostentation M. Sarkozy, donnant une interview télévisée avec lui et refusant de recevoir M. Hollande, alors qu'elle avait rencontré en pleine campagne 2007 Ségolène Royal, candidate du PS.

La dirigeante chrétienne-démocrate avait même prévu de participer, selon la CDU, à des meetings électoraux de l'UMP, le parti au pouvoir en France. M. Sarkozy l'a finalement fait renoncer.

Jamais aucun dirigeant allemand ne s'était à ce point engagé dans une campagne électorale à l'étranger. Selon la CDU, le seul autre exemple comparable était le soutien de l'ancien chancelier conservateur Helmut Kohl au président socialiste François Mitterrand avant le référendum sur le Traité de Maastricht en septembre 1992.

«Pas un parti»

Ce soutien a été critiqué par plus d'un. Le gouvernement allemand n'était «pas un parti politique dans la campagne électorale française», avait lancé le ministre libéral des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

Plus récemment, le cacique social-démocrate Frank-Walter Steinmeier avait déclaré que les Allemands devraient se faire à l'idée que «François Hollande serait le prochain président» français. Et, selon lui, cela n'entamerait en rien la «coopération étroite» entre Paris et Berlin.

Certaines positions du candidat socialiste, comme celle de renégocier le traité budgétaire, avaient provoqué des remous jusqu'au sein du SPD. L'ex-ministre des Finances, Peer Steinbrück, un des candidats possibles du SPD à la chancellerie l'an prochain, avait même qualifié l'idée de «naïve», avant que le chef de cette formation, Sigmar Gabriel, plaide avec M. Hollande pour l'ajout d'un volet croissance au pacte.

La proposition d'Hollande d'un impôt pour les super-riches avait été également accueillie avec une certaine réserve en Allemagne. «L'annonce d'Hollande est avant tout l'expression d'un populisme croissant en période électorale», avait estimé le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung. Et le conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung «se demandait avec consternation quelle idiotie va bien pouvoir encore être inventée lors de cette surenchère électorale». (afp)

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