Actualisé 30.06.2020 à 18:26

Extrême droite

L'Allemagne fait le ménage dans ses troupes d'élite

Après divers dérapages, le contre-espionnage militaire a révélé que les forces spéciales comptaient cinq fois plus d’extrémistes dans leurs rangs que dans le reste de l’armée, déjà montrée du doigt à ce sujet.

Les forces spéciales de l’armée allemande, ici en 2017, devront se renouveler d’urgence si elles veulent survivre à ces scandales.

Les forces spéciales de l’armée allemande, ici en 2017, devront se renouveler d’urgence si elles veulent survivre à ces scandales.

AFP

L'armée allemande a annoncé mardi la dissolution partielle de ses forces spéciales emblématiques, les KSK, à la suite de plusieurs scandales sur leur proximité avec l'extrême droite qui l'ont profondément déstabilisée. Cette unité d'élite «ne peut pas continuer à exister sous sa forme actuelle. Elle doit être modifiée de l'intérieur et mieux intégrée à la Bundeswehr», indique un rapport du ministère de la Défense présenté mardi aux députés et dont l'AFP a obtenu copie.

Les forces spéciales sont accusées de s'être trop émancipées du reste de l'armée, favorisant la mise en place de «dirigeants toxiques» et la diffusion «d'idées extrémistes», poursuit le rapport.

Dans l'immédiat, la deuxième compagnie des KSK, considérée comme le lieu où les dérapages d'extrême droite ont été les plus importants, sera dissoute sans être remplacée. L'unité ne conservera donc plus que trois compagnies.

Fini les missions à l’étranger

Camouflet encore plus cinglant: tant qu'un renouvellement en profondeur n'aura pas eu lieu, les forces spéciales se voient interdire de participer aux exercices et aux missions sur le plan international.

Créée en 1996 et modelée sur les Special Air Service (SAS) britanniques, l'unité d'opérations secrètes est composée d'environ 1400 soldats de commandement et de soutien.

Ses tâches consistent notamment à rapatrier les Allemands des zones de guerre et de crise, de recueillir des informations ou encore d’entraîner les forces alliées.

Dans un entretien au quotidien «Süddeutsche Zeitung», la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a qualifié les dernières découvertes de «troublantes» et «alarmantes»: on parle par exemple de 48’000 munitions et de 62 kilos d'explosifs qui ont disparu du KSK. «Le mur du silence est en train de se briser», a-t-elle affirmé.

Objectif: une armée irréprochable

Encore hantée par le souvenir du nazisme, l'Allemagne s'est donnée depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale comme objectif d'avoir une armée irréprochable. Et les scandales récents sont vécus comme un traumatisme.

Plusieurs membres des forces spéciales ont été identifiés comme proches de la mouvance ultra-nationaliste, au moment où les autorités s'inquiètent d'une résurgence du terrorisme d'extrême droite visant migrants, Juifs et responsables politiques les soutenant.

«Quiconque s'avère être un extrémiste de droite dans la Bundeswehr n'y a pas sa place et doit la quitter», a expliqué la ministre à la radio publique.

Une nouvelle évaluation devrait avoir lieu fin octobre. Et la ministre de prévenir, de manière imagée: si les membres de ces forces spéciales «n'ont pas entendu ce premier coup de feu préventif, la question d'une réorganisation» plus large «de la KSK se posera inévitablement». En clair: une dissolution complète n’est pas exclue.

Saluts hitlériens, entre autres

Le KSK a attiré de premiers soupçons sur lui en avril 2017, lors d'une fête d'adieu de l'un de ses commandants. Des têtes de cochon auraient été jetées et des saluts hitlériens effectués.

Lors de l'enquête interne, des armes avaient ensuite été découvertes dans la propriété privée d'un soldat du KSK en Saxe, qui avait auparavant attiré l'attention en raison de ses positions radicales.

Enfin, en janvier dernier, le service de contre-espionnage militaire allemand (MAD) annonçait que 20 soldats de la troupe d'élite étaient soupçonnés d'être des extrémistes de droite, une proportion cinq fois plus élevée que dans l'ensemble de l’armée. Et ce, alors que celle-ci est déjà régulièrement pointée du doigt sur le sujet.

En 2017, deux militaires allemands, dont un officier de 28 ans, Franco Albrecht, ont été arrêtés. Ils étaient soupçonnés d'avoir planifié un attentat contre des personnalités allemandes trop favorables à leurs yeux à l'immigration.

Plusieurs reliques de la Wehrmacht, l'armée du régime nazi entre 1935 et 1945, avaient été à l'époque découvertes dans une salle commune de cette caserne de la Brigade franco-allemande située à Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg en France.

L'extrême droite allemande a accusé le gouvernement mardi de «faire peser sans justification le soupçon sur tous nos soldats».

La gauche radicale a pour sa part jugé les mesures insuffisantes. «Il n'y a pas d'alternative à la dissolution totale» des KSK, a-t-elle réagi.

(AFP)

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