L'ancien patron d'EADS inculpé pour délit d'initié

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L'ancien patron d'EADS inculpé pour délit d'initié

L'ex-coprésident d'EADS Noël Forgeard a été inculpé dans la nuit de jeudi à vendredi pour «délit d'initié», a annoncé son avocat.

C'est la première mise en examen dans ce dossier qui concerne au total 17 personnes et deux sociétés.

L'ancien patron du groupe d'aéronautique et de défense, âgé de 61 ans, a été présenté jeudi soir aux juges Xavière Simeoni et Cécile Pendaries à l'issue de 35 heures de garde à vue pendant lesquelles il a été interrogé par les policiers de la Brigade financière.

Libre sous caution

M. Forgeard a nié tout délit, a précisé son avocat Jean-Alain Michel. Il a été laissé libre sous contrôle judiciaire, avec obligation de verser une caution dont Me Michel n'a pas souhaité préciser son montant. Le parquet réclamait un million d'euros.

M. Forgeard est soupçonné d'avoir profité d'informations «privilégiées» sur les retards de production de l'avion géant A380 et sur le programme A350, pour vendre en novembre 2005, puis en mars 2006 ses stock-options, ce qui lui a rapporté plus de quatre millions d'euros. Les retards de production n'ont été annoncés officiellement que le 13 juin 2006.

Le délit d'initié est passible de deux ans de prison et d'une amende pouvant aller jusqu'à dix fois le montant du produit du délit.

Soupçon de dissimulation

Après un long débat, les juges n'ont pas retenu contre lui l'autre incrimination de «diffusion d'informations fausses ou trompeuses aux marchés financiers», visée aussi dans l'enquête ouverte en novembre 2006 sur plainte de petits porteurs.

Ce grief concerne les informations optimistes diffusées aux actionnaires par la direction d'EADS avant l'annonce concernant l'A380. Une intention de dissimulation est soupçonnée.

Noël Forgeard est «très accablé» par sa mise en examen, a dit Me Michel. Il a mal vécu ces deux rudes journées, entrecoupées d'une nuit à l'hôpital due à un léger problème respiratoire, et terminées par un transfert devant les juges à 22h00 dans un convoi de trois voitures de police.

«Lorsqu'on est M. Forgeard, qui a tout de même un passé industriel relativement exceptionnel, c'est très difficile de se retrouver en garde à vue, (...) mais il est courageux, a tenu le choc, a répondu aux questions et ça va. Il a le moral», a dit Me Michel. Il sera à nouveau interrogé, a-t-il précisé.

«Je suis convaincu que nous parviendrons à démontrer qu'en définitive, il n'a pas commis de délit d'initié. Nous avons de très bons éléments pour cela», a ajouté l'avocat, rappelant que la mise en examen n'était pas une preuve de culpabilité.

Parachute doré

Président d'Airbus de 1998 à 2005 puis co-président d'EADS de juin 2005 à juillet 2006, Noël Forgeard a quitté la société avec une indemnité de huit millions d'euros qui a fait scandale et amené une enquête de police distincte, toujours en cours.

En tout, 17 dirigeants sont mis en cause, dont l'actuel patron d'Airbus Thomas Enders, alors coprésident exécutif d'EADS. Selon Me Michel, «un certain nombre d'autres personnes vont être convoquées prochainement».

Deux sociétés aussi concernées, Lagardère et DaimlerChrysler, les deux principaux actionnaires privés d'EADS - qui ont cédé chacun 7,5% du capital du groupe le 4 avril 2006. Elles aussi nient tout délit d'initié.

(ats)

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