Pakistan: L'ancien Premier ministre exclu de la vie politique
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PakistanL'ancien Premier ministre exclu de la vie politique

La Cour suprême du Pakistan a interdit mercredi au principal dirigeant de l'opposition, l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, d'exercer toute fonction officielle et de se présenter à des élections.

Cette décision a aussitôt déclenché de vives protestations.

La plus haute instance juridique pakistanaise a confirmé une décision d'un tribunal qui avait prononcé en juin la déchéance politique de Nawaz Sharif. «Toutes les requêtes ont été rejetées par la Cour suprême», a dit le juge Akram Sheikh.

Nawaz Sharif a accusé le président Asif Ali Zardari d'avoir manipulé le verdict afin de l'exclure de la vie politique et a appelé les Pakistanais à rejeter la décision de la cour.

«Ce n'est pas une attaque contre nous mais contre le Pakistan. Nous devons demander des comptes à tous ces gens qui s'acharnent à détruire le Pakistan», a-t-il lancé.

Dizaines de manifestations

Peu après le jugement, des centaines de manifestants sont descendus dans la rue et ont mis le feu à des pneus pour bloquer la circulation, conspuant le président Zardari, tandis que la Bourse perdait 5% en raison des incertitudes politiques.

Des manifestations ont également eu lieu à Lahore, capitale du Pendjab et dans des dizaines d'autres villes pakistanaises.

Nawaz Sharif, dont la Ligue Musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) est la seconde formation politique du pays, refuse de reconnaître les juges désignés par l'ancien président Pervez Musharraf durant l'état d'urgence décrété en novembre 2007.

Accusation

Le PML-N réclame la réintégration des juges chassés par Musharaf et accuse l'actuel président Zardari, leader du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), d'avoir renié sa promesse de les réintégrer.

Un tribunal avait décidé en juin dernier que Nawaz Sharif, chassé du pouvoir par Pervez Musharraf lors du coup d'Etat de 1999, était inéligible en raison de condamnations pénales.

Il avait été condamné pour le «détournement» d'un avion de ligne pakistanais transportant M. Musharraf auquel il avait refusé le droit d'atterrir le 12 octobre 1999, alors qu'il était Premier ministre. L'avion avait fini par atterrir et Pervez Musharraf s'était emparé du pouvoir.

Critique lancée

Selon les analystes, le Pakistan, en lutte contre les talibans et Al-Qaïda et où les attentats ont fait plus de 1600 tués en moins de deux ans, ne peut se permettre une nouvelle confrontation.

«La cour aurait dû prendre en compte cette situation. Le pays peut-il se permettre une confrontation politique à ce stade ?», s'interrogeait l'analyste politique Shafqat Mahmood.

«Nous avons cruellement besoin d'une réconciliation nationale. Ce jugement n'est bon ni pour le pays ni pour la région», estimait de son côté un vieux routier de la politique, le dirigeant du parti laïque Awami National Party, Asfandyar Wali.

(ats)

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