Actualisé 15.09.2017 à 16:19

Moins ronfler grâce au didgeridoo

L'«anti-Nobel» remis à un chercheur zurichois

Milo Puhan a reçu l'Ig-Nobel pour son étude révélant que jouer du didgeridoo aide contre les ronflements. Décerné chaque année, le prix récompense les travaux «qui font rire, puis réfléchir».

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Jouer du didgeridoo permet de renforcer les muscles des voies respiratoires supérieures à travers la technique respiratoire particulière, nécessaire pour jouer de cet instrument.

Jouer du didgeridoo permet de renforcer les muscles des voies respiratoires supérieures à travers la technique respiratoire particulière, nécessaire pour jouer de cet instrument.

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Quelques semaines avant la cérémonie de remise des prix Nobel à Stockholm, en Suède, une autre manifestation- certes moins connue, mais pas moins prestigieuse - s'est tenue à Boston, aux Etats-Unis. Plusieurs chercheurs qui font avancer la science, mais autrement, ont été couronnés jeudi soir (heure locale) à l'Université de Harvard.

Parmi les lauréats de l'Ig-Nobel - récompensant les travaux «qui font rire, puis réfléchir» - figure aussi un professeur en épidémiologie et santé publique de l'Université de Zurich. Milo Puhan a retenu l'attention du jury avec son étude publiée en 2005 dans le «Britisch Medical Journal». Milo Puhan et Otto Brändli de la clinique zurichoise Wald ont en effet pu démontrer que jouer régulièrement du didgeridoo avait un effet positif sur les ronflements pathologiques.

Analyses objectives

Pour en arriver à cette conclusion, les scientifiques ont réparti en deux groupes vingt-cinq patients souffrant de légères apnées du sommeil. Les uns ont été amenés à jouer régulièrement de cet instrument traditionnel australien. Les autres n'ont rien changé à leur comportement habituel. Après quatre mois, les musiciens en herbe étaient moins fatigués durant la journée que les personnes se trouvant dans le groupe de contrôle. Des analyses de sommeil ont par ailleurs montré de manière objective que le syndrome de l'apnée du sommeil avait diminué, écrit l'Université de Zurich dans un communiqué.

Les muscles des voies respiratoires supérieures sont moins développés chez les personnes souffrant d'apnée du sommeil. Jouer du didgeridoo permet justement de renforcer cette musculature à travers la technique respiratoire particulière, nécessaire pour jouer de cet instrument.

«Ça me plaît»

«Nous avons été ravis en apprenant avoir reçu le prix», se réjouit Milo Puhan, contacté par «20 minutes». Le chercheur s'identifie bien au concept de l'Ig-Nobel: «Ça me plaît parce que c'est exactement ça qui se passe lorsqu'on se lance dans un projet scientifique. Une observation et l'hypothèse qui en découle nous semblent à peine croyables et on rit. Puis, après un certain temps, on se dit qu'il y a peut-être quelque chose.»

C'est un professeur de didgeridoo qui a incité Milo Puhan et son équipe à analyser l'influence de l'instrument sur le ronflement. L'homme assurait en effet être parvenu à réduire ses ronflements grâce à la technique de respiration utilisée pour faire sonner son instrument. «Finalement, c'est une combinaison de curiosité et de prise de risque qui nous a poussés à faire cette étude. Et c'est exactement cela que l'Ig-Nobel honore», explique le chercheur zurichois.

Quelques informations sur l'Ig-Nobel

Depuis 1991, le prix Ig-Nobel, qui peut être prononcé «Ignobel», est remis chaque année à dix travaux scientifiques insolites, mais pas moins sérieux. Le but? Honorer les réalisations qui font d'abord «rire, puis réfléchir». Le prix est décerné par le magazine scientifico-humoristique «Annals of Improbable Research». «Si la distinction n'était pas encore très connue dans les années 90, elle a, au cours des dix dernières années, souvent récompensée des travaux ayant été publiés dans des magazines de renommée», explique Milo Puhan. Et d'ajouter: «Le fait qu'un lauréat du prix Ig-Nobel de 2005 gagne le vrai prix Nobel en 2010 a sans doute aidé à sa réputation.»

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