Soleure: «L'APEA n'est pas capable de gérer sa mission»
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Soleure«L'APEA n'est pas capable de gérer sa mission»

L'affaire des fillettes envoyées aux Philippines relance le débat sur les autorités de protection de l'enfant et de l'adulte en Suisse alémanique.

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daw/qll/dmz
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La psychologue et militante du droit des femmes Julia Onken estime que «l'APEA n'est pas capable de gérer sa mission.»

La psychologue et militante du droit des femmes Julia Onken estime que «l'APEA n'est pas capable de gérer sa mission.»

Ennio Leanza
La caravane de Chrisitan Kast se trouverait sur le parking de la station-service Coop à Kloten, selon des photos prises par un journaliste de 20 Minuten.

La caravane de Chrisitan Kast se trouverait sur le parking de la station-service Coop à Kloten, selon des photos prises par un journaliste de 20 Minuten.

27.06 «Les enfants sont plus en sécurité qu'avec le KESB (l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte), je les ai envoyées aux Philippines et avec mon camping-car j'ai fait diversion. Maintenant je me rends à la police», aurait posté le père sur Facebook.

27.06 «Les enfants sont plus en sécurité qu'avec le KESB (l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte), je les ai envoyées aux Philippines et avec mon camping-car j'ai fait diversion. Maintenant je me rends à la police», aurait posté le père sur Facebook.

En Suisse romande, la gestion des affaires familiales compliquées est depuis de nombreuses années l'apanage de services cantonaux spécialisés. Mais pour la majorité de nos voisins alémaniques, ce n'est qu'en 2013 que les autorités de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA) ont remplacé les communes dans cette mission.

Le cas des deux filles argoviennes enlevées par leurs parents le week-end dernier et «exfiltrées» vers les Philippines et celui, tragique, de cette mère de famille qui a tué ses deux enfants le soir du Nouvel An passé à Flaach (ZH) , car elle craignait de ne plus les revoir, donnent du grain à moudre à ceux qui regrettent le changement.

Arbitraire dénoncé

Lundi, le père des argoviennes décrivait les pratiques de l'APEA comme «inhumaines» et «non-professionnelles» et est même allé jusqu'à la comparer à la Stasi (ndlr: ex-police politique de l'Allemagne de l'Est). Sans aller jusqu'à ces comparaisons, un groupe de citoyens, parmi lesquels la psychologue et militante du droit des femmes thurgovienne Julia Onken ou le conseiller national UDC Pirmin Schwander, a pour but de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Via une initiative populaire pour laquelle la récolte de signatures commencera à la rentrée, ils souhaitent notamment obtenir que les APEA ne puissent plus placer les enfants en foyer ou en famille d'accueil, sans que les parents aient donné leur consentement.

Interrogée par «20 Minuten», Julia Onken n'est «pas surprise» de la réaction des parents argoviens: «Cette affaire démontre que l'APEA n'est pas capable de gérer sa mission», affirme-t-elle. Elle avance que les «laïcs» qui traitent ces affaires auparavant étaient bien plus près des gens. «Bien sûr, il y a des gens très compétents dans les APEA. Mais beaucoup de parents se sentent écrasés par la bureaucratie. C'est pour cela que leur colère est si grande.»

De son côté, Pirmin Schwander assure que le cas du week-end passé est loin d'être isolé: «Les plaintes que je reçois à propos des APEA sont toujours plus nombreuses. Et très souvent, des décisions arbitraires sont dénoncées.» Le politicien n'hésite pas à comparer la situation à une poudrière prête à exploser. «Il arrive que je doive calmer des pères et des mères tellement désespérés, qu'ils sont prêts à faire quelque chose de stupide. Bien sûr, parfois les autorités doivent intervenir, comme dans des cas d'abus, de violences ou de négligences. Mais il faut éviter que des divergences d'opinion ne mènent à des placements.»

«La fuite est répréhensible»

Pour Patrick Fassbind, président de l'APEA du canton de Berne, juge les initiants «irresponsables»: «On peut se demander si ce climat délétère envers les APEA ne va pousser encore plus de parents à se mettre dans l'illégalité. Ce qui est toujours la pire solution pour les enfants.» Il rappelle aussi que dans le cas argovien, un tribunal a tranché en faveur de l'APEA: «Ce genre de décision n'est pas prise sans de bonnes raisons. Si les parents ne sont pas coopératifs, il n'y a parfois pas d'autre choix que de placer les enfants, pour les protéger.»

En ce qui concerne l'«enlèvement» des fillettes, il avance que l'affaire peut être portée jusque devant le tribunal fédéral. «Ce type d'agissements est condamnable. Et ce qui m'inquiète, c'est que les parents sont considérés par certains comme des héros, alors que les circonstances familiales exactes ne sont pas vraiment connues.»

«Je ne veux pas être un héros»

Christian Kast, le père des fillettes emmenées aux Philippines, a été arrêté lundi. Le soir même, il était de nouveau libre. Peu après sa sortie, il a contacté nos confrères de «20 Minuten». L'Argovien se dit surpris et touché du mouvement de soutien lancé sur Internet, à la suite de sa décision de faire quitter le pays à sa famille.

Environ 300 nouvelles personnes sont à présent amis avec lui sur Facebook. Et les messages de félicitations ont été nombreux, allant même jusqu'à le qualifier de héros et certains ont même proposé de lui donner de l'argent, afin qu'il puisse rejoindre rapidement sa famille. «Je les remercie pour ce soutien, déclare Christian Kast, mais soyons honnêtes, je ne veux pas être un héros. J'ai juste fait ça pour libérer ma famille des griffes de l'Etat.»

Christian Kast, ainsi que sa femme partie aux Philippines, sont sous enquête pour enlèvement. Selon «Blick», ils risqueraient jusqu'à 3 ans de prison.

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