Actualisé 20.05.2014 à 16:55

Crise en ThaïlandeL'armée décrète la loi martiale

L'armée thaïlandaise a déployé des soldats dans Bangkok, après des mois de crise politique et des manifestations anti-gouvernementales ayant fait 28 morts.

L'armée thaïlandaise a décrété mardi la loi martiale et déployé des soldats dans Bangkok afin de rétablir le calme Les militaires assurent qu'ils n'ont pas déposé le gouvernement, mais certains redoutent un coup d'Etat «de facto».

«Déclarer la loi martiale n'est pas un coup d'Etat», mais vise «à restaurer la paix et l'ordre public», a assuré l'armée dans une annonce faite au petit matin à la télévision. Le puissant chef de l'armée de terre thaïlandaise, le général Prayut Chan-O-Cha, a invité les rivaux politiques à «discuter».

Des soldats et véhicules militaires ont été déployés dans le centre de Bangkok, notamment dans le secteur des hôtels et chaînes de télévision. L'armée a également placé des dizaines d'hommes, des véhicules et installé des points de contrôle à proximité d'une manifestation des Chemises rouges progouvernementales dans une banlieue de Bangkok.

«Nous restons sur notre site. Nos positions restent inchangées», a déclaré le meneur des Chemises rouges, Jatuporn Prompan. Il a répété que son mouvement n'accepterait pas un coup d'Etat, mais estimé qu'il ne s'agissait «pas encore» d'un putsch.

Le combat continue

Le meneur des manifestants anti-gouvernementaux a promis de continuer la bataille visant à faire chuter le gouvernement. «L'annonce de la loi martiale n'a pas d'effet, pas plus qu'elle n'est un obstacle, en ce qui concerne notre combat», a déclaré Suthep Thaugsuban devant ses partisans réunis non loin du siège du gouvernement.

L'opposition assure être dans sa dernière ligne droite contre le gouvernement intérimaire. Elle a déjà obtenu la destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Elle l'accusait d'être la marionnette de son frère Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en 2006.

La Thaïlande est secouée depuis six mois par des troubles politiques entre partisans et opposants au pouvoir en place. Les heurts ont déjà fait 28 morts.

Gouvernement intérimaire pas informé

Les militaires n'avaient pas informé le gouvernement intérimaire qu'ils allaient déclarer la loi martiale. Le Premier ministre par intérim, Niwattumrong Boonsongpaisan, a appelé l'armée à agir «dans le respect de la Constitution».

Il a proposé la tenue d'élections législatives le 3 août, comme suggéré la semaine dernière par la commission électorale. Mais ses opposants refusent.

Télévisions privées d'antenne

L'armée a aussi décrété la censure des médias, dans l'intérêt de la «sécurité nationale». Elle a privé d'antenne dix chaînes, dont les très partisanes BlueSky (opposition), AsiaUpdate et UDD (pro-gouvernement), au motif qu'elles risquent de «déformer l'information» et d'«aggraver le conflit».

«Nous assistons à un prélude de coup d'Etat», a analysé Pavin Chachavalpongpun, de l'université de Kyoto. Le spécialiste décrit un «complot visant à créer une situation ingouvernable, destinée à légitimer cette avancée de l'armée».

Pour l'organisation Human Rights Watch, les événements de la nuit sont «un coup d'Etat de facto». «Il n'y a aucune consultation avec le gouvernement et je pense que l'armée va petit à petit étendre ses pouvoirs et tâter le terrain», a ajouté Kan Yuenyong, du centre d'études Siam Intelligence Unit.

Risque de guerre civile

Les inquiétudes sont vives dans la capitale thaïlandaise, qui garde en mémoire les événements sanglants de 2010. Sur ordre du gouvernement de l'époque, l'armée avait alors donné l'assaut contre les Chemises rouges qui occupaient le centre de Bangkok. Bilan: 90 morts.

Les Chemises rouges ont mis en garde contre un risque de guerre civile si l'opposition s'obstine à vouloir faire tomber ce qui reste du cabinet.

En réalité, les événements actuels ne sont que la dernière réplique d'un conflit qui dure depuis huit ans. Il oppose les Chemises jaunes, principalement des membres de la classe moyenne et des notables royalistes de Bangkok, et les Chemises rouges, partisans plus populaires de la famille Shinawatra. (ats/afp)

Voyageurs invités à la prudence

Le DFAE exhorte les voyageurs se rendant en Thaïlande à la prudence, après l'instauration de la loi martiale. Les visiteurs sont notamment invités à se tenir à l'écart des manifestations et rassemblements politiques. Ils risquent notamment d'être confrontés à des perturbations imprévisibles du trafic dans la région de Bangkok. Malgré l'intervention de l'armée, il faut s'attendre dans les semaines et mois à venir à d'autres manifestations, attaques et affrontements violents dans tout le pays, et en particulier dans la région de Bangkok, estime le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) sur son site de conseils aux voyageurs.

Des mesures telles que l'interdiction de rassemblement et le couvre-feu pourraient également être imposées, écrit-il. Le DFAE conseille aux voyageurs de suivre les consignes des autorités thaïlandaises. «Pour savoir si vos projets de voyage sont réalisables, renseignez-vous auprès de votre tour-opérateur et restez en contact avec lui. Renseignez-vous sur place auprès des médias, de vos connaissances, de vos partenaires d«affaires ou du personnel de l'hôtel de la situation et des conditions de déplacement, qui peuvent changer rapidement», ajoute-t-il.

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