Drame en Egypte: L'armée derrière les violences meurtrières?
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Drame en EgypteL'armée derrière les violences meurtrières?

L'attitude des force de sécurités lors du drame de Port-Saïd laisse les différents acteurs perplexes. L'armée est accusée d'avoir laissé faire, les Ultras d'Al Ahly ayant été actifs lors de la révolution.

par
David Maccabez

L'attitude des forces de sécurité mercredi soir lors du drame qui a coûté la vie à 74 personnes lors du match Al Ahly-Al Masry donne lieu à des critiques virulentes. «Le Figaro», sur son site Internet, rapporte qu'Albardi Farghali, représentant du Parlement à Port-Saïd, accuse les partisans du président déchu Hosni Moubarak d'avoir laissé faire.

«Les forces de sécurité ont fait cela ou l'ont laissé se produire. Les hommes de Moubarak sont toujours au pouvoir», a-t-il déclaré. Interrogé par la télévision, il a «hurlé» que la chute du raïs n'a pas pour autant éliminé ses partisans. «Où est la sécurité? Où est le gouvernement?» s'est-il exclamé.

Armée déployée

Jeudi matin, le directeur de la sécurité de la ville de Port-Saïd a été démis de ses fonctions par le ministre de l'Intérieur. L'armée a été déployée pour éviter de nouveaux affrontements.

Les Frères musulmans, principale force politique du pays, ont aussi accusé les pro-Moubarak d'être derrière ce massacre. «Les événements de Port-Saïd ont été planifiés et sont un message des partisans de l'ancien régime», a affirmé le député Essam al-Erian dans un communiqué publié sur le site internet du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la formation politique de la confrérie, rapporte «Le Figaro». Négligence, acte planifié, les critiques et les accusations fusent.

«Les Ultras étaient des cibles»

Une autre hypothèse semble aller en direction d'un acte prémédité. En effet, les Ultras d'Al-Ahly et de Zemalek (autre club du Caire) ont eu un rôle actif dans la révolution égyptienne et dans la protection de la place Tahrir. Ils n'ont pas eu peur de se frotter aux forces de l'ordre pendant les manifestations et sont connus pour avoir organisé une charge à dos de dromadaire sur les partisans de Moubarak, le 2 février dernier.

Ce qui interpelle, c'est que nombre de ces Ultras ont été tués ou blessés lors des violences de mercredi. Ont-ils été sciemment visés ? Un supporter d'Al-Ahly (Le Caire), présent dans les gradins, a confié au site «RMCSport» que les portes de sortie du stade étaient fermées «à clef avec de grosses chaînes». Le malheureux va même plus loin, prétendant que les fans sont tombés dans un piège. «Dès le coup de sifflet final, les grilles des différentes tribunes se sont ouvertes. Les supporters d'Al-Masry (Port-Saïd) nous ont attaqués. On était coincés dans notre tribune.»

Le bilan aurait pu être plus lourd

L'homme a eu beaucoup de chance et s'en tire avec un hématome à la jambe. Il confie à «RMCsport» que si un militaire n'avait pas intimidé les supporters adverses avec des tirs de sommation ou en les frappant avec son fusil, il serait mort.

Le site de «So Foot» vient compléter ce témoignage. Lors de la montée dans le train du retour des supporters cairotes, l'un d'eux, en larmes, s'est confié: «Un militaire a tiré en l'air puis a fait sauter le verrou avec la crosse de sa carabine. Sans lui, on serait tous morts.»

Et l'affaire n'en restera sans doute pas là: «Arrête mon frère, un ultra ne pleure jamais. T'inquiète, on va avDoir réparation!» l'a consolé un des ces collègues.

Autre indice venant étayer cette thèse : l'incendie le même soir au Caire lors de la partie entre Zemalek et Ismaïli, qui a nécessité l'interruption du match. Le sinistre n'a fait aucune victime.

Maintenir l'Etat d'urgence

Le quotidien égyptien «Al Masry al-Youm», relayé par plusieurs médias français, avance une autre hypothèse. Il semblerait que la levée de l'Etat d'urgence en Egypte ne soit pas du goût de tout le monde.

Ziad El-Elaimy, responsable du Parti social-démocrate, confie ses craintes: «Ce qui vient de se passer n'est pas une coïncidence. Ce massacre et trois vols à main armée sont survenus un jour seulement après que le ministre de l'Intérieur est venu au Parlement pour tenter de nous convaincre de l'importance de maintenir l'état d'urgence.»

Quatre joueurs arrêtent leur carrière

«RMCsport» nous apprend également qu'à la suite des violences de mercredi, quatre joueurs du club cairote d'Al-Ahly ont décidé de mettre fin à leur carrière, sans préciser leur nom.

Sur son site Internet, «Le Parisien» cite un joueur du club d'Al-Ahly, qui s'exprime sur la chaîne télé du club: «Il y a des morts sur le sol! Il y a des morts dans les vestiaires! Je ne jouerai plus au football tant que justice ne sera pas faite.»

Le stade du Caire incendié

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