Crise en Syrie: L'armée envoie ses chars au nord-ouest
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Crise en SyrieL'armée envoie ses chars au nord-ouest

Des soldats syriens sont entrés jeudi dans la ville de Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest du pays.

«Des dizaines de chars, de blindés, des transports de troupes et des camions militaires ont été déployés aux entrées de Khan Cheikhoun, et les soldats ont commencé à entrer» dans cette ville du gouvernorat d'Idleb, a précisé jeudi le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel Rahmane, basé à Londres.

Route Alep-Damas coupée

Les habitants de Khan Cheikhoun, située sur la route reliant la capitale et la deuxième ville de Syrie, Alep, «ont commencé à fuir vers la vallée Al-Ghab», a expliqué M. Abdel Rahmane. Il a ajouté que l'armée a coupé la route entre Alep et Damas en érigeant des barricades.

Le 5 juin, «deux chars de l'armée syrienne avaient été brûlés par des habitants de Khan Cheikhoun», a indiqué de son côté un militant qui a requis l'anonymat.

Le régime du président Bachar al-Assad a lancé la semaine dernière une vaste campagne militaire dans le gouvernorat d'Idleb, à 330 km au nord de Damas. L'armée poursuivait jeudi son ratissage, notamment dans les localités d'Ariha et Maaret al-Nomaan, ainsi que dans les environs de Jisr al-Choughour, reprise dimanche par l'armée, selon un militant des droits de l'Homme.

La contestation se poursuit

Mais en dépit de la répression, le mouvement de contestation lancé il y a trois mois ne fléchit pas. Les militants pro-démocratie ont appelé à de nouvelles manifestations vendredi contre le régime du parti Baas.

Des manifestations nocturnes continuent par ailleurs d'avoir lieu à travers le pays. A Harasta, dans la banlieue de Damas, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles mercredi soir pour disperser un rassemblement de 200 femmes qui réclamaient la libération de leurs maris et d'autres proches, arrêtés dans le cadre d'une intensification de la répression, a déclaré un témoin.

Campagne médiatique

De son côté, le régime multiplie les initiatives médiatiques. Une manifestation pro-Assad a eu lieu mercredi à Damas. Les autorités ont en outre montré aux journalistes une fosse commune lors d'un voyage qu'elles ont organisé à Jisr al-Choughour, accusant des «groupes armés» de violences.

Mais selon un communiqué de l'Union de coordination de la Révolution syrienne, «les dépouilles sont celles de soldats syriens et d'éléments ayant refusé les ordres d'ouvrir le feu sur les manifestants pacifiques».

Les restrictions imposées aux médias, aux enquêteurs de l'ONU et aux organisations humanitaires empêchent toute vérification indépendante.

La Turquie réclame l'arrêt des violences

La ville a été désertée par ses 50'000 habitants avant l'arrivée de l'armée. La plupart d'entre eux se sont réfugiés à la frontière turque ou en Turquie. Plus de 8500 Syriens ont trouvé asile en Turquie et 5000 autres au Liban, selon des ONG et l'ONU.

Ankara a décidé de venir en aide aux milliers de réfugiés se trouvant du côté syrien de la frontière. «Il y a actuellement plus de 10'000 personnes juste en face de notre frontière, derrière les barbelés (...) Nous avons décidé de venir en aide à nos frères syriens pour subvenir à leurs besoins urgent en alimentation», a déclaré jeudi le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu.

M. Davutoglu a en outre réclamé l'arrêt immédiat des violences et l'adoption de réformes démocratiques, à l'occasion de sa rencontre avec un émissaire du président syrien Bachar al-Assad.

Washington s'efforce d'isoler le régime syrien

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi, par la voix de la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland, accroître leurs contacts à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie avec des Syriens qui cherchent à obtenir un changement politique dans leur pays.

Le président Barack Obama a appelé Bachar Al-Assad à mener des réformes ou à quitter le pouvoir, mais ce dernier a visiblement «fait un choix négatif», a constaté Mme Nuland. Dénonçant la répression «révoltante» engagée contre les manifestants, la porte- parole a précisé que Washington s'efforçait d'isoler le régime syrien à l'ONU.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé, depuis Sao Paulo, au régime du président syrien «d'arrêter de tuer des gens».

Mais Moscou et Pékin ont exprimé leur hostilité à toute ingérence étrangère dans les crises dans les pays arabes, selon un communiqué signé jeudi lors de la visite en Russie du président chinois Hu Jintao. Les deux pays «appellent au règlement des conflits par des moyens pacifiques». (ats)

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