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NeuchâtelL'armée lui débauche son employé, le patron fulmine

Le directeur d'une petite entreprise regrette le manque de souplesse de l'armée, qui a forcé une recrue à grader sans délai.

par
Yannick Weber
L'armée essaie au mieux de s'arranger pour concilier carrière militaire et vie professionnelle.

L'armée essaie au mieux de s'arranger pour concilier carrière militaire et vie professionnelle.

Keystone

Il a fini son école de recrues vendredi dernier et devait revenir au boulot ce lundi. Mais c'est sous les drapeaux qu'il va passer cinq mois de plus. André*, employé dans une petite entreprise de dépannage automobile active 24h/24 et 7 jours sur 7 dans le canton de Neuchâtel, a été appelé à grader et a appris qu'il devrait enchaîner sans délai son école de recrue avec l'école de sous-officier. C'est à contre cœur, mais la loi est ainsi faite. Il n'a pas le choix de refuser. Son patron par contre, est dégoûté.

Car pour lui, engager du personnel déjà formé et prêt à entrer en fonction dans l'immédiat est mission quasi impossible. Pendant l'école de recrues de son employé, il s'est arrangé entre heures supplémentaires et renoncement aux vacances. Et là, c'est parti pour cinq mois supplémentaires. «Je vous raconte pas pour les vacances d'été... On a fait une demande il y a un mois pour reporter son école de sous-officier, mais ça n'a pas été possible. On a l'impression que l'armée est intouchable, qu'on parle à un mur», regrette Antonio*, le patron de la boîte familiale.

L'armée dément tout manque de souplesse, notamment quant aux délais. «La recrue est informée de manière transparente et prend part de manière active au processus d'avancement; et ce, dès le début de son école de recrue», rappelle Delphine Allemand, sa porte-parole. Elle ajoute que le processus tient compte autant des besoins de l'armée que de l'environnement professionnel des recrues.

Pas de quoi consoler Antonio. «D'être pénalisé ainsi par l'armée n'est pas normal. J'espère pouvoir engager quelqu'un rapidement, mais ça veut aussi dire que je devrai procéder à un licenciement quand André aura terminé à l'armée...» se désole-t-il.

Pour l'armée, la situation est regrettable mais aurait pu être évitée. «Il existe de nombreux moyens de prévenir pareil problème. Les possibilités de dialogues entre recrues et cadres sont nombreuses et des solutions peuvent toujours être trouvées s'il peut être justifié que le service d'avancement est incompatible avec la vie professionnelle.»

On peut reporter, mais pas refuser

Si la loi ne permet pas aux recrues de refuser de grader, des adaptations sont possibles. Le processus de sélection est protocolé de manière précise. «En général, les futurs sous-officiers effectuent le tout d'une seule traite, dans plus de 80% des cas. Mais il est possible de fractionner le service, dans la plupart des cas pour des spécialistes dont les services d'instruction sont moins fréquents. Il peut aussi s'agir d'obligations professionnelles», précise Delphine Allemand.

Pas une première

Antonio a déjà connu quelques accrocs avec l'armée l'an dernier. Un de ses employés avait d'abord vu sa demande de report de cours de répétition refusée, ceux-ci étant prévus pendant les vacances d'été, une période tendue pour les plannings de l'entreprise. «Je ne voudrais pas devoir privilégier des frontaliers pour éviter ces problèmes», glisse Antonio. «L'armée contribue de manière importante à garantir la sécurité de la Suisse, dont l'économie profite aussi», note Delphine Allemand.

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