Actualisé 29.02.2012 à 22:15

Crise en Syrie

L'armée «nettoie» le quartier rebelle de Homs

Les forces syriennes avançaient mercredi dans le quartier de Bab Amr à Homs, où trois journalistes occidentaux et quelque 100'000 habitants sont bloqués en raison des combats.

L'armée syrienne a lancé mercredi un assaut terrestre contre le quartier rebelle de Baba Amr à Homs, ville stratégique au centre du pays, tentant de l'occuper après 25 jours de bombardements incessants. Mais les militants ont assuré qu'elle n'avait pas pu y pénétrer malgré sa puissance de feu.

Persistant dans leur politique de répression sanglante de la révolte, les autorités syriennes ont aussi refusé à la responsable des opérations humanitaires de l'ONU Valérie Amos l'autorisation d'entrer en Syrie pour évaluer la situation humanitaire.

Face à l'insécurité ambiante, la Suisse a décidé de fermer provisoirement son ambassade à Damas, a indiqué le DFAE en début de soirée.

«Nettoyage maison par maison»

«L'offensive a commencé dans la nuit de mardi à mercredi. Le secteur est sous contrôle. L'armée a déjà procédé à un nettoyage maison par maison, et maintenant les soldats fouillent chaque cave et tunnel à la recherche d'armes et de terroristes», a affirmé une source de sécurité à Damas.

Les militants sur place ont démenti l'entrée des troupes. «Il s'agit de rumeurs pour terrifier» la population et «l'Armée syrienne libre (ASL) défendra les habitants jusqu'au bout», a assuré par téléphone Abou Ata al-Homsi.

Selon lui, les soldats syriens ont installé depuis mardi de «nouvelles pièces d'artillerie dans le périmètre de Baba Amr et Khaldiyé» et mercredi «ils ont appelé la population par haut- parleurs à quitter l'endroit». Ils ont averti qu'ils allaient bombarder «avec force ce quartier et prendre d'assaut la ville».

Intervention étrangère nécessaire

Pour sa part, Hadi Abdallah, membre de la Commission générale de la révolution syrienne, a appelé à une «intervention étrangère car sinon il risque de se produire une catastrophe et une tragédie à Homs».

«L'armée syrienne encercle Baba Amr et il y a de violents combats avec les déserteurs de l'ASL», a-t-il dit. «L'ASL et des militants évacuent les familles des lieux visés (...) Il est difficile d'obtenir des informations car les communications sont coupées», a-t- il dit.

Poumon industriel

Depuis des semaines, les militants anti-régime évoquaient la possibilité d'un assaut sur Baba Amr, le plus tenace des quartiers rebelles et surtout le centre d'aiguillage des armes venant du Liban voisin.

La géographie est au coeur de la bataille de Homs: troisième ville de Syrie, poumon industriel avec ses raffineries, elle est à la croisée des chemins entre Damas et le nord du pays. Sa province est frontalière du nord du Liban, majoritairement sunnite et sympathisant de la révolte.

Voie secrète dynamitée

Selon Hadi Abdallah, «les forces du régime ont découvert mardi une voie secrète qui reliait Baba Amr à l'extérieur et l'ont dynamitée, blessant un certain nombre de personnes qui s'y trouvaient».

«Des produits alimentaires et médicaux étaient acheminées par une canalisation d'eau de 2700 mètres de long où l'on avance très difficilement, à genoux», a-t-il expliqué. L'accès à la ville est désormais complètement coupé, ont confirmé plusieurs chefs d'unités de l'ASL postées autour de Homs.

Croissant-Rouge

Le CICR a de son côté annoncé que le Croissant-Rouge syrien avait augmenté son aide humanitaire à la ville assiégée. Il a ouvert six nouveaux points de distribution, portant leur nombre à dix. Aucun n'a toutefois pu être installé dans le quartier de Baba Amr. Tous les points sont équipés d'un poste de premiers secours.

Le Comité international de la Croix-Route (CICR) a par ailleurs renouvelé son appel à un cessez-le-feu de deux heures chaque jour dans les villes affectées par les combats, pour pouvoir amener de l'aide. Une demande restée jusqu'ici sans réponse.

Journalistes coincés

Le CICR a précisé ne disposer d'aucune information sur le sort des journalistes étrangers encore coincés à Homs, parmi lesquel deux Français que Paris tente de faire évacuer. Le journal du reporter espagnol d'El Mundo Javier Espinosa a lui annoncé en soirée qu'il était arrivé au Liban.

Au niveau politique, le Conseil de sécurité de l'ONU serait saisi d'un nouveau projet de résolution sur la Syrie, réclamant un cessez- le-feu humanitaire. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 15 civils et huit membres des forces du régime ont été tués mercredi. (ats)

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