Afrique: L'armée prend le pouvoir au Burkina
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AfriqueL'armée prend le pouvoir au Burkina

L'armée a pris le pouvoir jeudi soir au Burkina Faso, annonçant la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale après une journée d'émeutes contre le régime de Blaise Compaoré.

Un organe de transition sera mis en place pour une durée d'un an «en consultation avec tous les partis». Un couvre-feu a été imposé sur l'ensemble du territoire de 19h00 à 6h00 (GMT) pour «préserver la sécurité des personnes et des biens». Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province: le pays s'est enflammé jeudi contre le régime de Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans.

Dans une allocution télévisée diffusée peu avant minuit, ce dernier n'a pas indiqué qu'il démissionnerait. Il s'est cependant dit ouvert à «des pourparlers» allant dans le sens d'une transition, à l'issue de laquelle le pouvoir sera transmis au président démocratiquement élu. «J'ai entendu le message. Je l'ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations au changement», a affirmé M. Compaoré.

Le président burkinabé a également annulé en fin de soirée l'état de siège, qu'il avait décrété quelques heures plus tôt, sur «toute l'étendue du territoire national». Il a en outre prononcé la dissolution du gouvernement, comme annoncé un peu plus tôt par l'armée.

Mettre fin aux violences

A la mi-journée, le régime avait tenté de calmer les esprits en annonçant l'annulation du vote du projet de révision constitutionnelle qui avait mis le feu aux poudres.

Dans un communiqué, l'Union africaine a exprimé «sa profonde préoccupation face à la situation» et appelé au calme. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé l'envoi d'un émissaire pour tenter de mettre fin aux violences.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a pour sa part fait savoir qu'elle ne reconnaîtrait aucune prise du pouvoir par la force dans le pays.

Le général en retraite Kouamé Lougué, à qui des dizaines de milliers de manifestants demandaient de prendre le pouvoir, a rencontré dans la journée l'état-major des armées. Il a lui-même été chef d'état-major des armées et ministre de la Défense jusqu'en 2003, avant d'être limogé.

Chaos à Ouagadougou

La capitale Ouagadougou a sombré dans le chaos jeudi. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles, tuant trois manifestants qui tentaient d'attaquer le domicile du frère du président, rapportent les services d'urgence.

«Le président doit tirer les conséquences» des manifestations, a lancé Bénéwendé Sankara, l'un des leaders de l'opposition, appelant la population à «marcher sur le Parlement».

Les forces de l'ordre ont brièvement tenté d'arrêter les manifestants en tirant des gaz lacrymogènes, puis ils ont battu en retraite. Plus d'un millier de jeunes ont alors réussi à pénétrer dans le bâtiment et à le saccager. Une partie de l'Assemblée nationale a été ravagée par les flammes.

Télévision d'Etat pillée

Aux abords de la présidence, plusieurs centaines de manifestants faisaient face aux soldats de la garde présidentielle, qui ont effectué des tirs de sommation au-dessus de leurs têtes.

Autre symbole du pouvoir attaqué: la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB). Plusieurs centaines d'individus sont entrés dans les locaux où ils ont pillé le matériel avant de quitter les lieux. Les transmissions ont été coupées.

Des troubles ont aussi été signalés à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays (sud-ouest). La mairie et le siège du parti présidentiel y ont été incendiés, de même que le domicile du maire (pro régime) et celui du porte-parole du gouvernement Alain Edouard Traoré, selon des témoins.

Deux septennats et deux quinquennats

Le Burkina a basculé dans la crise avec l'annonce, le 21 octobre, d'un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximal de quinquennats présidentiels. M. Compaoré doit théoriquement achever l'an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015).

La France et les Etats-Unis ont critiqué le projet de réforme constitutionnelle, invitant les parties à la retenue. Dans une lettre que François Hollande a adressée ce mois-ci à Blaise Compaoré, il a proposé à son homologue le soutien de la France pour lui trouver un poste au sein d'une institution internationale.

La Belgique a de son côté «formellement déconseillé» jeudi soir à ses ressortissants de se rendre au Burkina Faso. (ats)

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