Actualisé 20.06.2020 à 08:18

HongrieL'armée recrute parmi les chômeurs du coronavirus

Enfiler un treillis est devenu attirant pour les jeunes Hongrois fragilisés par l'impact économique de la pandémie de Covid-19.

Un responsable du Ministère de la défense avançait la semaine dernière le chiffre de 2500 postulants grâce à une procédure d'intégration récemment simplifiée par le gouvernement pour être plus rapide.

Un responsable du Ministère de la défense avançait la semaine dernière le chiffre de 2500 postulants grâce à une procédure d'intégration récemment simplifiée par le gouvernement pour être plus rapide.

AFP

Les jeunes Hongrois fragilisés par l'impact économique de la crise du coronavirus répondent en nombre aux offres de recrutement de l'armée, une institution promue par le gouvernement de Viktor Orban qui veut en faire un pilier de la société.

Stabilité, sécurité de l'emploi: enfiler un treillis est devenu soudainement attirant pour Peter Kamondai, 27 ans, qui venait de démarrer une activité de kinésithérapeute compromise par l'incertitude dans laquelle a plongé l'économie mondiale. «Ma femme va bientôt avoir un bébé et le confinement ne m'a donné aucune chance de me lancer», explique-t-il à l'AFP, crâne rasé, sur un terrain d'entraînement situé près de Györ, à 120 kilomètres à l'ouest de Budapest.

Ce futur papa n'est pas le seul à vouloir servir son pays: selon le major Tamas Durgo, responsable du recrutement national, «le nombre de candidats a doublé depuis le début de la crise».

Un responsable du Ministère de la défense avançait la semaine dernière le chiffre de «2500 postulants, dont 900 ayant entamé la formation», grâce à une procédure d'intégration récemment simplifiée par le gouvernement pour être plus rapide.

Les prévisions économiques sont alarmistes pour ce pays d'un peu moins de dix millions d'habitants, comme pour le reste de l'UE. L'économie hongroise, qui se portait très bien avec 4,9% de croissance en 2019 et un chômage quasi nul, pourrait se contracter de 8% cette année, voire de 10% en cas de seconde vague significative de coronavirus, selon l'OCDE.

Le chômage est mal indemnisé: entre 200 et 350 euros mensuels en fonction du dernier salaire, pendant trois mois au maximum. Le gouvernement conservateur dit s'efforcer de construire une «société basée sur le travail», pas sur les aides.

Projet de société

«Donc ce que je veux maintenant, c'est un revenu stable, fourni par l'État», dit Peter Kamondai après un exercice de simulation de combat avec une douzaine de candidats. De quoi réjouir le Premier ministre nationaliste Viktor Orban, sous l'impulsion duquel la part de PIB consacrée à la défense, auparavant sous-financée, est passée de 0,95% en 2013 à 1,21% en 2019.

Depuis son retour au pouvoir en 2010, M. Orban a mis l'accent sur l'éducation patriotique dans les écoles. L'armée hongroise, remise à l'honneur alors qu'elle végétait depuis la transition démocratique en 1989, a annoncé ce mois-ci vouloir ouvrir jusqu'à dix nouveaux lycées militaires dans les dix prochaines années.

Très visible au plus fort de la lutte contre l'épidémie, où elle a été envoyée en renfort pour faire tourner des hôpitaux et des entreprises, l'armée fait aussi partie de la solution pour surmonter les difficultés à venir: le gouvernement a inclus les professions militaires dans le plan de relance national qui repose aussi sur les embauches dans les entreprises d'Etat et une politique de travaux publics. «Beaucoup de candidats pensaient déjà devenir soldat», affirme Nandor Major en gardant un oeil sur ses troupes sur le camp près de Györ. «Le virus les a juste poussés à franchir le pas», affirme-t-il.

Après un test médical, les impétrants s'engagent dans une formation de six mois débouchant sur une éventuelle carrière de soldat, d'ingénieur, d'informaticien, de chauffeur ou de cuisinier au sein de l'institution.

La promotion de l'armée fait partie intégrante du projet de société que Viktor Orban définissait en 2019 comme une «révolution conservatrice»: le rétablissement en Hongrie de valeurs traditionnelles basées sur l'ordre et des «valeurs chrétiennes".

Sous les drapeaux, Peter Kamondai admet en baver physiquement, alors que le quotidien d'apprenti soldat est «strict». Cet encadrement plaît à l'un de ses camarades âgé de 22 ans, mécanicien de formation, «un peu perdu dans la vie» avant de s'engager dans cette «nouvelle armée hongroise», selon l'expression du Premier ministre, qui souhaite que le pays demeure «un îlot de paix et de sécurité».

(AFPE)

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