Genève: L'assassin du Rhône écope de 15 ans de prison
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GenèveL'assassin du Rhône écope de 15 ans de prison

Le verdict est tombé ce jeudi. Le Français originaire du Sri Lanka qui a tué sa femme en 2012 à Genève devra passer encore un peu plus de 12 années derrière les barreaux.

par
Marine Guillain
Me Yaël Hayat défend le prévenu, et Me Robert Assaël est le curateur des enfants.

Me Yaël Hayat défend le prévenu, et Me Robert Assaël est le curateur des enfants.

Juillet 2012. Un Français originaire du Sri Lanka rentre chez lui à Genève, avec ses deux enfants de 7 et 8 ans. Il rejoint son épouse dans sa chambre. Il l'étrangle avec une ceinture, durant 4 à 5 minutes, puis se débarrasse du cadavre en l'abandonnant dans le Rhône, face contre le lit du fleuve.

Deux ans et demi plus tard, la justice a tranché. L'assassinat a été retenu contre le quadragénaire, qui a été condamné à 15 ans de prison. Les juges ont estimé que les dires des enfants étaient déterminants dans cette affaire. «Il sera retenu qu'il a annoncé aux enfants son funeste projet en leur disant «Je vais endormir maman», a indiqué Fabrice Roch. Le président a ajouté que la victime de 32 ans «n'aspirait qu'à une chose: changer de cap, changer de vie et être libre. Et il l'a exterminée froidement et égoïstement. Le Tribunal est particulièrement choqué qu'il ait agi à proximité des enfants, mettant en danger leur développement psychique».

A la sortie de l'audience, c'est Me Hayat, avocate du condamné, qui était sous le choc. Les mots peinaient à sortir de sa bouche: «Le poids qui a été donné à la parole des enfants est infiniment trop lourd, a-t-elle déploré. Le jugement n'intègre pas assez la détresse de mon client et le contexte dans lequel les faits se sont déroulés.» Pour l'avocate, une peine de 15 ans doit être réservée aux cas de froideur extrême. Elle a annoncé qu'elle ferait appel.

De son côté, le Ministère public s'est dit satisfait du verdict de culpabilité. Me Assaël, curateur, s'est réjoui que le tort moral des enfants ait été largement reconnu, et que leur parole n'ait pas été mise en doute.

«Tuée physiquement et moralement»

Aujourd'hui âgé de 40 ans, le Français originaire du Sri Lanka n'a jamais supporté et accepté que son épouse veuille le quitter. La victime avait entretenu une relation avec un amant entre janvier et juillet 2012. Elle vivait toujours avec son mari et leurs enfants, mais les époux étaient en instance de séparation et faisaient chambre à part.

«Cet homme a privé ses enfants de leur mère dans des conditions effroyables, avait martelé le procureur Stéphane Grodecki, mardi. Il l'a tuée physiquement et moralement.» Physiquement avec ses mains, et moralement en faisant croire à ses enfants que leur mère les avait abandonnés. Après avoir mis le corps de son épouse dans un caddie dans le coffre de la voiture devant son fils et sa fille aînés, le prévenu leur aurait dit: «Maman est partie avec son amant, elle ne vous aimait pas.» Le procureur avait requis 18 ans de prison.

Mercredi, Me Robert Assaël avait appuyé l'acte d'accusation et demandé aux juges de rendre un verdict de culpabilité. Selon lui, le crime commis dans la nuit de 1er au 2 juillet 2012 à Genève n'est pas le résultat d'un «pétage de plomb»: «Il a gardé son sang-froid du début à la fin, il n'a pas paniqué. Il a pensé à se débarrasser de la ceinture, des messages. Il était calculateur, froid et déterminé. Il avait pris sa décision avant.»

Me Yaël Hayat avait elle plaidé une peine «qui ne dépasse pas 5 ans», pour meurtre passionnel. «Son épouse était déterminée à partir et à le lui faire comprendre. Et c'est parce qu'il a réalisé que son choix était irréversible qu'il a basculé. Ce n'était pas prémédité» Pour l'avocate, l'immaturité du prévenu, son angoisse de l'abandon et son déni de l'éloignement de l'autre sont toutes les caractéristiques du meurtre passionnel.

Épicier acquitté

Un ami du prévenu se trouvait aussi sur le banc des accusés cette semaine. Le Ministère public le soupçonnait d'avoir aidé l'assassin à mettre le corps de la victime dans l'eau, alors qu'ils avaient laissé les enfants au kiosque. Mais les déclarations des enfants se contredisaient sur ce sujet et aucune preuve concrète n'a pu être apportée. L'homme a donc été acquitté et a reçu 1 franc symbolique pour tort moral.

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