Yverdon-les-Bains (VD): «L'attentisme de l'as du bistouri est inacceptable»
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Yverdon-les-Bains (VD)«L'attentisme de l'as du bistouri est inacceptable»

La procureure a requis jeudi une condamnation avec sursis et une amende de 2000 fr. contre un chirurgien accusé d'homicide par négligence.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye

En juin 2011, un patient de 77 ans qui venait de subir une bénigne opération de la vésicule biliaire à Payerne (VD) est décédé trois jours après. Après l'intervention chirurgicale, ses douleurs avaient empiré. Une prise de sang avait révélé des valeurs hautement pathologiques, cinq fois supérieures aux normes. Le septuagénaire a finalement perdu la vie trois jours après. Le chirurgien qui s'occupait du patient, alors médecin-chef de l'hôpital, est accusé d'homicide par négligence. Son procès s'est ouvert mercredi au Tribunal d'Yverdon-les-Bains (VD).

De l'arrogance et pas d'empathie

La procureure Magali Bonvin a requis jeudi une peine de 180 jours-amende à 150 fr. avec sursis et une amende de 2000 fr. contre celui qu'elle a appelé «l'as du bistouri qui se croit au-dessus de la mêlée». Elle a dépeint un homme qui s'est signalé par sa« capacité à braver les vents contraires avec une assurance qui frise l'arrogance», un médecin qui a perdu un patient mais n'a «pas d'empathie ni dans son attitude ni dans ses propos». Elle a surtout fustigé l'attentisme du docteur face à l'état alarmant du septuagénaire. Selon elle, le médecin a fait preuve d'une passivité «incompréhensible, inacceptable et impardonnable». Cette attitude «fait écho aux reproches formulés à l'hôpital sur la prise en charge de ses patients», a ajouté Magali Bonvin.

La représentante du Ministère public a aussi rappelé les déclarations de l'expert médical soleurois: «l'évolution défavorable du patient crevait les yeux. La seule attitude qui ne marche pas c'est d'attendre». Point de doute donc pour la procureure que la passivité du praticien est une faute. La famille de la victime, elle, a réclamé une indemnité de 15'000 fr. pour tort moral.

«Cause du décès inconnue»

Après avoir averti qu'il ne fallait pas faire «le procès du caractère» de son client, Me Cédric Aguet a plaidé l'acquittement. «L'absence d'autopsie nous impose de croire que la cause du décès est inconnue. L'expert médical, lui-même, a donné des versions différentes sur la cause de la mort.» Pour la défense, cela discrédite l'expertise. L'avocat s'est aussi plu à décortiquer les déclarations de l'expert, «qui a sous-entendu qu'il y a 20 à 30% de chance pour que mon client ne soit pour rien dans la mort du patient». Il s'est alors tourné vers les juges: «Pouvez-vous condamner quelqu'un sur la base d'un degré de conviction de moins de 95%?». Avant de répondre lui-même à la question en rappelant que «le doute doit profiter à l'accusé». «Mon client, si arrogant soit-il, s'est occupé de son patient et a mis en place un plan thérapeutique qui n'a pas été respecté par le personnel soignant», a plaidé Me Cédric Aguet.

Le verdict sera rendu dans une semaine.

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