Actualisé 20.12.2009 à 13:58

Décès de l'ayatollah Montazeri

L'ayatollah était devenu critique envers le pouvoir

Le Grand ayatollah iranien Hossein-Ali Montazeri, ancien dauphin de l'imam Khomeiny, est décédé samedi à Qom à l'âge de 87 ans.

Montazeri était devenu très critique à l'égard du régime islamique depuis sa disgrâce en 1989.

M. Montazeri est décédé des suites de maladie, selon les médias iraniens. «Il était diabétique et prenait de l'insuline depuis des années. Il avait également de l'asthme et des problèmes pulmonaires», a indiqué l'un de ses médecins.

Ses funérailles seront célébrées lundi à Qom. Selon son entourage, il devrait être inhumé dans le mausolée de Masoumeh, soeur de l'imam Reza - 8e imam de l'islam chiite - vénérée par les chiites iraniens.

A l'annonce de sa mort, des étudiants se sont rassemblés à l'université de Téhéran pour réciter des versets du Coran à sa mémoire, selon le site de l'opposition Rahesabz. Et des opposants se sont rassemblés en plusieurs endroits de Téhéran pour rendre hommage au Grand ayatollah, a annoncé le site Tagheer du religieux réformiste Mehdi Karoubi.

Théoricien de la révolution islamiste

«Des milliers de personnes venant d'Ispahan, de Najafabad (d'où était originaire l'ayatollah Montazeri) ou de Shiraz ont pris la route de Qom pour assister à ses funérailles», a affirmé le site internet de la minorité d'opposition parlementaire.

Théologien et juriste respecté, l'ayatollah Montazeri a été l'un des théoriciens de la révolution islamique de 1979, et l'un des artisans de la Constitution de la République islamique.

Proche de l'imam Khomeiny dont il avait été l'élève, il sera son dauphin officiel pendant plusieurs années, avant que ses dénonciations répétées des excès du régime n'aboutissent à son éviction en 1989, et à un exil forcé à Qom, la ville sainte du centre de l'Iran où il enseignait la théologie.

Assigné à résidence

Il sera assigné à résidence pendant cinq ans, entre 1997 et 2002, et passera de longues années en liberté étroitement surveillée.

Sa liberté de ton, son engagement pour la défense des libertés et ses critiques du pouvoir, à commencer par celles visant le successeur de Khomeiny, le Guide de la République islamique Ali Khamenei, avaient fait de lui une figure emblématique de l'opposition réformiste au sein du régime.

Au cours des dernières années, il s'était montré très critique à l'égard du gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad. Il avait émis des réserves sur la réélection contestée de M. Ahmadinejad en juin dernier, et dénoncé à plusieurs reprises la répression des manifestations qui avaient suivi.

Dans sa dernière prise de position publique le 16 décembre, il dénonçait sur son site internet «la mort de gens innocents», «l'arrestation de militants politiques réclamant la liberté» et les «procès-spectacle illégaux» d'opposants au pouvoir.

«Une figure active pour les émeutiers»

Son fils, l'hodjatoleslam Ahmad Montazeri, a, dans un communiqué publié dimanche, exprimé ses «condoléances (...) à tous ceux qui recherchent la liberté et la justice, à ceux qui se battent pour Dieu partout dans le monde (...) et particulièrement à ses étudiants».

La méfiance du régime à l'égard de cette figure dissidente de la révolution islamique transparaissait dimanche dans les médias officiels ou semi-officiels qui ont annoncé sa mort: aucun ne lui a donné son titre de Grand ayatollah, certains l'appelant même ostensiblement «monsieur» Montazeri.

L'agence officielle IRNA a souligné que l'ayatollah Montazeri était «une figure religieuse active pour les émeutiers» (les opposants ayant manifesté contre la réélection du président Ahmadinejad), critiquant «ses déclarations sans fondements, saluées par les médias contre-révolutionnaires».

Les autorités ont fait savoir aux médias étrangers qu'ils n'étaient pas autorisés à se rendre à Qom lundi pour les funérailles de l'ayatollah dissident.

(ats)

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