23.03.2020 à 05:04

Coronavirus

L'école chez soi via le Net, «c'est un peu le chaos!»

Les 12-19 ans confinés chez eux vivent une expérience de télé-école contrastée. Ils évoquent des situations difficiles mais gardent le sourire.

de
David Ramseyer
Pandémie de coronavirus oblige, les écoles ont fermé et les élèves genevois suivront leurs cours depuis la maison jusqu'au 8 avril, au moins.

Pandémie de coronavirus oblige, les écoles ont fermé et les élèves genevois suivront leurs cours depuis la maison jusqu'au 8 avril, au moins.

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A l'écran, le prof fait coucou de la main. Dans sa chambre, Clara, 15 ans, rigole et l'imite. «Comment fais-tu pour brancher le micro?», demande l'enseignant. Le problème réglé, le cours en visioconférence démarre. Il porte sur les équations du 2e degré... et sur les quelques soucis techniques de certains. «Non, il n'y a rien à télécharger, lance le maître. Il faut faire comme ça», explique-t-il à un collégien, en lui montrant son propre écran. Cette leçon en live est cependant une exception pour les élèves reclus chez eux, pour cause de coronavirus.

Pas égaux devant l'informatique

La plupart du temps, les interactions se sont résumées à des mails, lors de cette première semaine après la fermeture des écoles. Les élèves du cycle d'orientation et du secondaire 2 ont surtout reçu des exercices et des devoirs à rendre online. Mais pas de tout le monde. «Je n'ai aucune nouvelle d'une de mes enseignantes», relève Clara. En première année du cycle, Lucie raconte que «pendant les premiers jours, on n'a rien eu; puis tout est arrivé d'un coup».

Beaucoup déplorent des réponses tardives à leurs questions de la part du corps professoral. Eric, collégien de 17 ans, résume: «C'est très différent selon les profs, dont certains ne comprennent pas grand chose aux outils informatiques. C'est un peu le chaos!» A cela, il faut ajouter les problèmes rencontrés par quelques écoliers mal équipés chez eux. Bref, chacun cherche encore ses marques.

Davantage de dodo

Du coup, ce n'est pas toujours facile pour le moral. Les copains et la vie sociale à l'école manquent, l'ennui gagne certains, d'autres s'inquiètent pour leur avenir scolaire. «Á notre retour en classe, on va avoir des tonnes d'évaluations, dans un trimestre décisif», s'alarme Lucie, du haut de ses 13 ans. C'est plutôt l'annulation actuelle des épreuves qui préoccupe Clara: «J'ai besoin de remonter mes notes». D'autres craignent le retard pris dans les programmes.

Alors, tout le monde broie du noir? Non. De nombreux adolescents se réjouissent de pouvoir gérer leur horaire comme ils l'entendent, ou presque. «Il faut juste checker régulièrement nos mails pour voir si on a une leçon online ou des exercices à rendre. Après on s'organise comme on veut, on bosse à notre rythme», soulignent en chœur nos interlocuteurs.

Et puis, il y a d'autres aspects de la vie sous cloche plutôt sympas, selon eux. «Comme je ne vais plus à l'école, je peux me lever un peu plus tard et rester en pyjama», balance l'un. «J'ai plus de temps pour jouer», signale un autre. Au final, «ça va s'améliorer, nous allons trouver notre rythme, positive Eric. On rattrapera le retard pris lors de la semaine du voyage d'études, vu qu'il a été supprimé».

La gabegie est partout

Au niveau des enseignants, la semaine semble avoir été éprouvante. La mise en place d'une école 100% numérique a été "très décousue", estime Julien Nicolet-dit-Félix, membre du comité de la Fédération des Associations des Maîtres du Cycle d'Orientation (FAMCO). Celui-ci fustige le "manque de coordination et de préparation" du Département de l'instruction publique, tout en relevant "l'engagement et la bonne volonté" des enseignants, même si il craint une "baisse de motivation générale" sur la durée du confinement.

Côté vaudois, la secrétaire générale de l'Association des parents d'élèves, Christine Muller, juge que de manière générale, "la situation est chaotique. Mais tout a été tellement vite, ce n'est facile pour personne". Mercredi, la plateforme educanet a planté. Elle devrait être à nouveau opérationnelle ce lundi. "C'est le règne du système D, résume le père d'un adolescent au gymnase. La classe d'un de mes fils et leur prof échangent via le chat d'une plateforme de jeux vidéo."

Beaucoup à faire dans l'urgence

Le délai de trois jours entre l'ordre de clore les écoles et leur fermeture effective «a forcément provoqué des à-coups», reconnaît le Département de l'instruction publique (DIP). Il a fallu procéder à un «transfert massif de contenus sur les plateformes numériques et élaborer de nouveaux programmes de cours réalisables à distance (...) mais globalement, nous sommes satisfaits». Le Département loue aussi «la réactivité et la créativité admirable» des enseignants, «pas tous égaux devant ces technologies imposées brutalement». Actuellement, le DIP se concentre sur la résolution de certains problèmes techniques, notamment causés par une surcharge des serveurs, mais aussi sur le soutien technique et pédagogique des enseignants, ainsi que sur «l'établissement de programmes adaptés à la situation».

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