Vaud: L'école coule après un an d'une gestion anarchique
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VaudL'école coule après un an d'une gestion anarchique

Propriétaire et directeur d'un établissement privé, un homme est accusé d'abus de confiance. Les parents d'élèves ont dû assurer l'intendance.

par
Christian Humbert

«Chenit»: tel était l'intitulé d'un des comptes du directeur d'une école privée des Alpes vaudoises. Du chenit, il y en avait bel et bien dans cette institution que ce quadragénaire sans le sou avait achetée avec l'appui d'amis.

Il aurait payé 400'000 francs pour le fonds de commerce, sans les bâtiments, loués 9800 fr. par mois. Un dessous-de-table de 250'000 fr. était aussi prévu dans le deal.

Mais l'homme, un Français de 46 ans qui était surveillant avant de devenir directeur, est un «piètre administrateur; pas un comptable et pas vraiment un enseignant», estime le ­procureur. «Que faisiez-vous alors?» a demandé lundi le magistrat devant le Tribunal correctionnel de Vevey. Il a requis 30 mois, dont 10 ferme, l'interdiction d'exploiter une école et 176'000 fr. de créances compensatrices.

Le rôle de l'Etat intrigue aussi l'avocat d'un des vingt plaignants – essentiellement des parents. L'école, dans laquelle le Service de protection de la jeunesse plaçait des enfants à côté de riches héritiers, aurait fonctionné trois ans sans autorisation sous la directrice-propriétaire précédente, et près d'un an sous le règne anarchique du prévenu. «Les frigos étaient vides. La vingtaine d'internes n'avaient rien à manger. Il y avait des tests de musique alors que les gosses n'ont jamais tenu une flûte. Nous avons dû prendre la relève», enrage un parent.

Le Français admet tout, mais conteste les qualifications juridiques d'abus de confiance et de gestion déloyale. Absent lors d'un premier procès en 2013, il est présent cette fois, avec un sauf-conduit lui ­garantissant de ne pas être emprisonné. Me Genillod a contesté la gestion déloyale et a plaidé une peine avec un sursis complet.

Etranges dépenses

De nombreux parents d'élèves ont dû mettre la main au porte-monnaie après la débâcle. Ils ont payé les frais d'écolage ou de camps renvoyés, engloutis dans des dépenses étonnantes comme l'achat de montres, le leasing d'une grosse berline, un déplacement à Paris au concert de Madonna... Le directeur menait grand train avec l'argent de ses associés et des parents. Il a acheté l'école en été 2008. Elle a fermé en mai 2009.

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