Actualisé 04.07.2011 à 15:26

RoumanieL'éducation sur la sellette après le «désastre» au bac

La publication lundi de résultats «désastreux» au baccalauréat roumain, les pires de mémoire d'enseignant, a mis en lumière les faiblesses d'un système miné par la corruption.

Sur les quelque 200'000 inscrits, seuls 90'765 ont obtenu leur diplôme du baccalauréat marquant la fin des études secondaires.

Le taux de réussite est nettement inférieur à ceux enregistré en 2010 (69,3%) et surtout en 2009 (81,4%).

«Ces résultats représentent un miroir de la société et montrent que la Roumanie se trouve à un carrefour», a déclaré le ministre de l'Education Daniel Funeriu.

Détaillés, les chiffres sont encore plus choquants: une vingtaine de lycées n'ont compté aucun admis. A Bucarest, le taux de réussite a à peine atteint 42%, après avoir frôlé les 80% durant de nombreuses années.

Selon le ministère, cette débâcle s'explique par les mesures de lutte contre la fraude sans précédent mises en place cette année, avec des caméras installées dans les salles de concours et l'interdiction faite aux lycéens de se cotiser pour «amadouer» les profeseurs.

Par le passé, chaque classe rassemblait des fonds --environ 40 euros par élève-- qui entraient directement dans les poches des enseignants chargés de surveiller ou de corriger les épreuves ou permettaient de leur offrir des repas copieux.

«La nation doit choisir entre les gens corrects et travailleurs et ceux qui misent sur la malhonnêteté et la supercherie», a souligné le ministre.

M. Funeriu avait déjà suscité un tollé parmi les enseignants et ses prédécesseurs en affirmant que «la Roumanie aurait été différente si ceux qui ont aujourd'hui entre 18 et 38 ans n'avaient pas eu recours à des fraudes pour passer le bac».

Gheorghe Isvoranu, président du syndicat des enseignants «Spiru Haret», pointe lui du doigt le «sous-financement» du système.

«Le budget de l'enseignement a chuté de 4,7% du PIB en 2007 à 2,7% courant 2011. Or, on ne peut pas réformer un système si on n'y alloue pas de fonds considérables», a-t-il indiqué à l'AFP.

«Sans dédouaner les enseignants qui ont fermé les yeux sur les fraudes, il faut souligner que les salaires sont démotivants», ajoute-t-il, notamment après leur réduction l'année dernière dans le cadre d'un programme draconien d'austérité.

La traque à la fraude a fait chuter le taux de réussite

Selon le Parquet anti-corruption (DNA), 145 personnes dont 23 inspecteurs scolaires et enseignants, ont été renvoyées en justice pour des faits de corruption remontant à la période 2008-2010, le montant total des pots-de-vin collectés s'élevant à 150'000 euros.

«Il faut remarquer la continuité de cette forme de corruption, qui affecte gravement le système éducatif», a indiqué le DNA à l'AFP.

Cette année, 665 collégiens ont été éliminés après avoir été surpris en train de copier, deux fois plus que l'année dernière.

Dans l'un des cas rendus public, des inspecteurs ont découvert que les résultats des tests avaient été distribués à 111 élèves d'un même lycée.

«Le moment de vérité est venu. Des taux de réussite de 80% ou 90% étaient invraisemblables, on ne faisait que se mentir à soi-même», a déclaré Liliana Romanciuc, inspectrice scolaire à Iasi (nord-est), à l'agence Mediafax. (afp)

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