Visite du pape au Portugal: «L'Eglise doit faire pénitence»
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Visite du pape au Portugal«L'Eglise doit faire pénitence»

Peu avant d'arriver au Portugal pour quatre jours de visite, Benoît XVI a dénoncé mardi en des termes forts les scandales d'abus sexuels qui secouent l'institution catholique à travers le monde.

Rejetant toute responsabilité extérieure, le pape s'en est pris aux «péchés» commis au sein de l'Eglise, appelant à une profonde purification.

«La plus grande persécution de l'Eglise ne vient pas d'ennemis extérieurs mais est née des péchés au sein de l'Eglise», a jugé le souverain pontife en allusion aux scandales, à bord de l'avion qui l'emmenait à Lisbonne, première étape d'un voyage apostolique qui doit aussi le conduire au célèbre sanctuaire de Fatima (centre) et à Porto (nord).

«L'Eglise a un profond besoin de réapprendre la pénitence, d'accepter la purification, apprendre le pardon mais aussi la justice», a-t-il souligné en réponse à des questions de journalistes, soumises à l'avance. L'Eglise catholique, a-t-il noté, a toujours souffert de problèmes en son sein, mais «aujourd'hui nous le voyons de façon réellement terrifiante».

Ses commentaires placent la responsabilité des scandales au coeur même de l'Eglise, à contre-courant des réactions initiales du Vatican qui s'en était pris aux médias, ainsi qu'aux partisans du mariage homosexuel et de l'avortement, pour dénoncer une campagne contre l'Eglise et le pape.

On ignore si Benoît XVI évoquera à nouveau les scandales de pédophilie durant sa visite. Aucune affaire d'abus sexuels n'a été signalée au Portugal, contrairement à Malte, où le pape avait rencontré en avril des victimes d'abus.

A son arrivée à l'aéroport de Lisbonne, le pape a été accueilli par le président Anibal Cavaco Silva qui a évoqué la crise financière, observant que sa visite intervenait en une période d'incertitude. «En ce moment, les hommes exigent une personne qui porte un message d'espoir pour répondre à leur soif de justice et de solidarité», a-t-il dit au pape.

La crise économique internationale a entraîné une contraction de 2,7% de l'économie portugaise en 2009. Un plan d'austérité de trois ans destiné à réduire son endettement devrait affecter une population qui se serre déjà la ceinture.

Benoît XVI a estimé que la crise démontrait la nécessité d'une plus grande responsabilité morale dans la conduite du système financier international, précisant qu'il avait exposé sa vision d'une plus grande éthique dans la finance dans son encyclique de 2009, «L'amour dans la vérité». Il a souhaité plus de dialogue au sein du système financier sur les considérations éthiques.

Tout comme il a appelé à un plus grand dialogue entre les croyants et le monde laïque. Le Portugal est catholique à près de 90%, mais seuls deux des 10,6 millions d'habitants se présentent comme pratiquants.

Comme d'autres en Europe, le pays dirigé par un gouvernement de centre-gauche s'est éloigné des positions de l'Eglise sur les questions majeures de l'avortement, du divorce et du mariage homosexuel.

Dans son discours à l'aéroport, Benoît XVI a vivement critiqué la législation du Portugal sur l'interruption volontaire de grossesse, estimant que les responsables publics devaient avoir une «considération essentielle du sens humain de la vie». «Il ne s'agit pas d'une opposition éthique entre un système laïc et un système religieux, mais bien d'une question de sens auquel se confie la liberté de chacun», a-t-il dit.

Soulignant que sa visite intervenait l'année du centenaire de la proclamation de la République au Portugal, il a salué l'héritage catholique du pays, y voyant une «grande force de foi». Dans les rues de Lisbonne, plusieurs milliers de personnes s'étaient massées sous la pluie pour assister au passage de Benoît XVI à bord de sa «papamobile».

Le souverain pontife devait célébrer une messe en fin d'après-midi au Terreiro do Paço. Mercredi, il doit notamment s'envoler pour Fatima, qu'il quittera vendredi matin pour Porto. Au moins 500.000 fidèles sont attendus à l'occasion de la messe qu'il célébrera à Fatima jeudi, anniversaire de ce jour de 1917 où trois jeunes bergers portugais affirmèrent avoir eu des visions de la Vierge Marie. (ap)

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