proche-Orient: L'Egypte ne fêtera pas ses trente ans de paix avec Israël
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proche-OrientL'Egypte ne fêtera pas ses trente ans de paix avec Israël

L'Egypte ne fêtera pas jeudi ses 30 ans de paix avec Israël, gardant un profil bas sur le traité de 1979 qui bouleversa pourtant sa stratégie et la donne au Moyen-Orient.

«Aucune célébration n'est prévue au Caire», a résumé à l'AFP d'une phrase lapidaire Hossam Zaki, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, cette décision négative.Pourquoi cette absence de commémoration ? M. Zaki n'a même pas pris la peine de répondre, comme s'il était évident que la paix avec Israël était un fait acquis mais sûrement pas à honorer.«Nous n'avons reçu aucune invitation pour un événement en Egypte, alors que plusieurs sont prévus en Israël», déplore Shani Cooper-Zubida, porte-parole de l'ambassade d'Israël.Pour l'analyste Emad Gad, «on peut parler de schizophrénie qui frôle le deni de réalité». «Une paix froide s'est installée. En haut de la société, il y a dialogue et affaires. En bas, c'est le néant, ou pire», estime-t-il.La meurtrière guerre de Gaza et la poussée électorale à droite en Israël ne plaident pas aujourd'hui, vues du Caire, en faveur d'une célébration de l'anniversaire du traité de paix qui rendit le Sinaï à l'Egypte. Si le régime de Hosni Moubarak campe sur ses relations avec Israël, il prend garde à ne pas s'en vanter, étant ciblé comme complice de l'Etat hébreu par les radicaux du monde arabo-islamique, y compris ses opposants internes.Au début de la guerre de Gaza, le raïs a vertement rappelé à la Syrie, l'Iran ou le Qatar, que l'Egypte n'avait pas recevoir des leçons d'eux, ayant mené quatre guerres contre Israël de 1948 à 1973.C'est avec Menahem Begin, le père fondateur du Likoud --le parti de Benjamin Netanyahu, le prochain Premier ministre israélien--, qu'Anouar al-Sadate a scellé le 26 mars 1979 à Washington en présence de Jimmy Carter, cette paix historique.«La ferveur populaire était grande, à la surprise générale et trois ans de paix très chaleureuse ont suivi jusqu'à la guerre du Liban», souligne Abdel Monem Said Aly, directeur du centre al-Ahram d'études stratégiques.«Dire que la paix est froide ou chaude est inexact, sa température est hautement liée aux vicissitudes dans la région, et d'abord au conflit israélo-palestinien», estime-t-il.Pour la première fois, un grand pays arabe reconnaissait l'Etat hébreu, optant pour une non-belligérance à laquelle se sont ralliés de jure la Jordanie et de facto d'autres pays, y compris la Syrie.Cet accord de paix, qui coûta au Caire d'être mis au ban du monde arabe, a survécu à la saga de l'effusion de sang et d'une paix toujours introuvable entre Israël et les Palestiniens. C'est le patron des services secrets égyptiens, Omar Souleiman, qui est le médiateur incontournable des récentes négociations indirectes entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas.Quant aux liens économiques, ils ne sont pas négligeables, avec un grand contrat gazier et des zones industrielles communes en Egypte. Les échanges ont été de 271 millions de dollars en 2008, une hausse de 450% sur quatre ans.Mais si l'histoire de l'Etat hébreu est enseigné dans les livres d'école, Israël ne figure jamais sous son nom dans les atlas vendus en Egypte où s'étale la «Palestine» de la Méditerranée au Jourdain.Au nom du refus de la «normalisation», pas de livres israéliens dans les librairies, ni de films, pacifistes ou non, qui forgeraient une «carte mentale» plus nuancée que celle tracée par une presse hostile.«La route sera longue et tout changera quand la région sentira enfin qu'elle vit mieux avec Israël que sans Israël», note M. Monem Said Aly.an/jlb

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