Actualisé 06.08.2008 à 23:50

«L'emblème de la Croix-Rouge a été utilisée de manière abusive»

Le CICR déplore l'usage l'emblème de la Croix Rouge lors de la libération d'Ingrid Betancourt. L'organisation réagit à de nouvelles images diffusées par la télévision colombienne.

Une vidéo, diffusée lundi par la chaîne RCN, montre qu'un soldat du groupe de l'armée impliqué dans la libération des otages arborait l'emblème de la Croix-Rouge sur son dossard avant même le début de l'opération. Cela semble indiquer «un usage abusif intentionnel», a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un communiqué.

«Si l'authenticité de ces images est établie, il serait clairement démontré que l'emblème de la Croix-Rouge a été utilisé de manière abusive, ce que nous déplorons», a déclaré Dominik Stillhart, directeur-adjoint des opérations au CICR, dans le communiqué.

Soldat nerveux

La chaîne de télévision CNN avait déjà fait état à la mi-juillet d'images prouvant l'utilisation abusive de l'emblème de la Croix- Rouge. Dans un premier temps, le gouvernement de Bogota avait nié.

Le 16 juillet, le président Alvaro Uribe avait finalement reconnu qu'un des soldats impliqué dans la libération des 15 otages, dont Ingrid Betancourt, avait passé une veste avec l'emblème de la Croix-Rouge en raison de «sa grande nervosité» au moment où il a vu le nombre de rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

L'officier «n'a à aucun moment voulu se substituer aux organisations humanitaires», avait ajouté M. Uribe, indiquant avoir présenté ses excuses au CICR.

Conventions de Genève

L'usage des emblèmes du CICR «est régi par les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels», a rappelé mercredi l'organisation. Ces emblèmes ne peuvent être utilisés par des organisations ou des personnes non habilitées par le droit humanitaire international.

«Le respect absolu de l'emblème de la Croix-Rouge est essentiel». «En sa qualité d'organisation neutre et impartiale, le CICR a besoin de la confiance de toutes les parties au conflit pour pouvoir mener à bien son travail humanitaire», explique l'organisation.

Le CICR a précisé être en contact avec les autorités colombiennes pour leur demander «des explications supplémentaires sur ce qui est réellement passé» le 2 juillet dernier.

Bogota promet de respecter l'emblème

Lors d'une conférence de presse, le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos a assuré que l'emblème du CICR sera scrupuleusement respecté en Colombie.

«Personne dans l'armée ou le pays ne manquera de respect au logo (du CICR) ou ne l'utilisera de manière inadéquate car maintenant nous avons pris conscience, beaucoup de gens l'ignoraient, de l'importance de respecter le logo des organisations internationales», a dit le ministre.

Cité par la presse colombienne, le ministre avait auparavant déclaré: «Il est grave que la première enquête n'a pas permis de découvrir toute la vérité» au sujet de l'utilisation de l'emblème de la Croix-Rouge.

Et le ministre de déplorer toutefois, faisant référence à la vidéo diffusée par RCN: «Il est grave que de telles informations puissent filtrer des cercles de sécurité sans coordination avec les chefs».

Selon les images diffusées par RCN, un militaire colombien se serait également fait passer pour un journaliste. Plusieurs fois récompensé, le journaliste colombien et expert des FARC Enrique Botero s'est insurgé de cette mise en scène des soldats. «Cela est alarmant. Cela pourrait mettre toute la profession en danger», a-t- il déclaré.

Visite de Micheline Calmy-Rey

Ces développements interviennent alors que la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey entame dimanche une visite en Colombie. La conseillère fédérale devrait évoquer la question de l'emblème de la Croix-Rouge, la Suisse étant l'Etat dépositaire des Conventions de Genève. (ap)

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