L'émissaire de Washington fait pression sur Musharraf
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L'émissaire de Washington fait pression sur Musharraf

Le numéro deux du département d'Etat américain a tenté samedi de convaincre Pervez Musharraf de lever l'état d'urgence et de relâcher les opposants pour sortir de la crise politique.

Jusqu'à présent le président pakistanais est resté sourd aux appels pressants, voire menaçants, de son grand allié.

John Negroponte et Pervez Musharraf se sont entretenus pendant plus de deux heures dans la capitale, Islamabad, mais le président-général campe sur ses positions, expliquant que l'état d'urgence de 15 jours décrété le 3 novembre est nécessaire pour permettre le bon déroulement des élections législatives prévues pour le 9 janvier au plus tard, selon un responsable pakistanais ayant requis l'anonymat.

Depuis l'instauration du régime d'exception au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste, des milliers d'opposants ont été arrêtés, la justice purgée des magistrats trop indépendants et les médias muselés.

D'après de hauts responsables gouvernementaux américains, le secrétaire d'Etat adjoint John Negroponte devait demander la fin de l'état d'urgence, une date pour les législatives, la libération des dirigeants de l'opposition et la démission du président Musharraf de la tête de l'armée. Le probable successeur de ce dernier à ce poste, le général Ashfaq Kayani, assistait aux discussions. M. Musharraf, qui doit entamer bientôt son deuxième mandat à la tête de l'Etat, s'est engagé à tomber l'uniforme dans les prochaines semaines.

La visite de M. Negroponte avait été précédée par la levée vendredi de l'assignation à résidence de l'opposante Benazir Bhutto, à laquelle l'émissaire américain a immédiatement téléphoné avant sa rencontre avec Pervez Musharraf. Autres signes de bonne volonté du pouvoir, un influent militant des droits de l'Homme a été relâché, tandis que plusieurs chaînes de télévision de l'opposition pouvaient de nouveau émettre.

La porté de ces gestes était toutefois atténuée par l'interruption des programmes de deux grandes chaînes, Geo et ARY, qui diffusent toutes deux de Dubaï, aux Emirats arabes unis voisins. Les deux chaînes affirment que c'est le résultat de pressions d'Islamabad mais les autorités émiraties et du Pakistan se sont refusées à tout commentaire.

Il semble donc que le président Musharraf ne soit pas disposé à entendre Washington, comme le suggère également l'investiture vendredi d'un gouvernement intérimaire chargé de préparer les élections.

Dans ce contexte, l'accord de partage du pouvoir en négociations entre Mme Bhutto et M. Musharaff avant le 3 novembre ne paraît plus d'actualité. L'ex-Première ministre exige la démission du général-président et semble privilégier désormais une alliance avec le reste de l'opposition pour assurer l'intérim du gouvernement jusqu'au scrutin.

Le président Musharraf doit en même temps affronter une situation difficile dans le nord du Pakistan, près de la frontière afghane, où l'armée a annoncé samedi avoir regroupé 15.000 militaires pour réprimer l'insurrection islamiste dans la vallée de Swat.

Les attaques se sont multipliées depuis le siège et la prise sanglante en juillet de la mosquée Rouge d'Islamabad contrôlée par des fondamentalistes proches des talibans. Les milices ont pris le contrôle de plusieurs villages, postes de police et bâtiments officiels. (ap)

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