Séisme au Népal: L'enfer de l'Everest: «Je vais être enterré vivant»
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Séisme au NépalL'enfer de l'Everest: «Je vais être enterré vivant»

Deux journalistes de l'AFP en mission se sont retrouvés au milieu de l'avalanche déclenchée par le séisme. Récit d'un reportage pas comme les autres.

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06.07.2016 Le Népal vend des milliers de tonnes de riz donnés par la Chine et le Bangladesh pour aider les victimes du séisme de 2015, a déclaré un responsable népalais mercredi, alors que les survivants font toujours face à des risques de pénuries alimentaires.

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AP/Manish Swarup
23.04.2016 Plusieurs millions de personnes vivent toujours dans l'attente de l'aide internationale, un an après la catastrophe.

23.04.2016 Plusieurs millions de personnes vivent toujours dans l'attente de l'aide internationale, un an après la catastrophe.

Navesh Chitrakar
11.01.2016 Katmandou, la capitale du Népal, pourrait être frappée dans les prochaines années ou décennies par un nouveau séisme car la grande faille qui a rompu au printemps dernier est encore soumise à une forte pression juste sous la ville, selon une étude publiée lundi.

11.01.2016 Katmandou, la capitale du Népal, pourrait être frappée dans les prochaines années ou décennies par un nouveau séisme car la grande faille qui a rompu au printemps dernier est encore soumise à une forte pression juste sous la ville, selon une étude publiée lundi.

AP/Niranjan Shrestha

«Nous avons alors entendu ce bruit si terrible. C'était comme un train mais qui venait de si profond (..) et puis finalement le calme, un calme absolu, je savais que j'étais vivant», raconte le photographe de l'AFP, Roberto Schmidt en se remémorant l'instant où il a cru mourir dans une avalanche sur l'Everest. Roberto Schmidt, responsable photo pour l'AFP en Asie du Sud, et Ammu Kannampilly, directrice du bureau de Katmandou, venaient d'atteindre le camp de base de l'Everest samedi pour un reportage quand une avalanche, déclenchée par le séisme qui a tué plus de 4350 personnes au Népal, s'est abattue sur la montagne.

Réfugiés dans la ville de Lukla, porte d'accès des alpinistes s'attaquant à l'Everest, ils font le récit de ces heures dramatiques. «Nous venions d'arriver après un trek de neuf jours. C'est une marche difficile mais l'endroit est incroyable, à couper le souffle dans tous les sens du terme. A peine arrivé, j'ai pris toutes sortes de photos et j'ai commencé à chercher notre tente. Nous n'étions pas là depuis plus de 10 minutes que nous avons senti ce grondement, un gémissement. Ammu m'a demandé: 'qu'est-ce que c'est?' J'ai répondu que la terre bougeait, que c'était une avalanche.»

«J'ai grandi en Colombie où nous sommes habitués aux tremblements de terre mais je n'avais jamais entendu une chose pareille. Nous sommes sortis de la tente et nous avons alors entendu ce bruit si terrible. C'était comme un train mais qui venait de si profond, c'était tellement puissant.

Le temps était très nuageux, Ammu est rentrée sous la tente et je me souviens avoir regardé sur ma gauche et tout à coup j'ai vu cette vague, accompagnée d'un grondement et je me suis dit putain de merde . C'était si énorme, les images n'en rendent pas totalement compte. J'ai attrapé mon appareil, appuyé sur le déclencheur, pris trois photos et elle était sur nous. J'ai sauté à l'intérieur et me suis réfugié sous la table. Il y a d'abord eu le vent puis comme une vague qui vous percute, nous avons été balayés, tu ne sais plus où tu es. Tu dégringoles. Finalement, j'ai repris mes esprit, me suis mis sur le dos et j'ai entendu ce bruit de pierres qui chutent et je me suis dit: ça y est, je vais être enterré vivant .»

Appareil intact

«Elles se sont amassées au-dessus de moi et puis finalement le calme, un calme absolu, je savais que j'étais vivant. Je savais que j'étais conscient mais je devais trouver le moyen de respirer. J'ai essayé de me dégager, de trouver de l'air (..) et tout à coup j'ai senti une main me tirer: c'était notre sherpa Pasang. Ammu saignait et avait un ongle arraché à la main gauche. Nous avons eu de la chance car nos tentes étaient proches d'un rocher qui nous a empêchés d'être complètement balayés. Je me suis dit qu'il fallait que je trouve mon appareil et Pasang me l'a tendu, enveloppé dans un bloc de neige. L'appareil était intact, l'objectif n'était même pas cassé.

Vue aérienne de Katmandou après le séisme

Nous sommes sortis de la tente et les gens ont commencé à surgir de nulle part, tous complètement sidérés. J'ai commencé à prendre des photos et je me suis alors demandé si je devais prendre des photos ou apporter mon aide.

Avalanche au Népal

Dans l'heure qui a suivi, j'ai dû entendre près d'une dizaine d'avalanches aux alentours. Elles n'étaient pas loin mais je ne pouvais les voir tellement il y avait de nuages. Le bruit était très inquiétant, terrifiant, on ne savait pas si elles venaient vers nous. J'ai commencé à aider un Népalais blessé et je me souviens lui avoir parlé de nos familles, lui avoir dit que nous reverrions nos fils. C'était un bon moment, quelque chose d'humain au milieu de tout ça. Nous avons marché jusqu'à la tente Himex (nom de l'agence organisant l'expédition) et Ammu était là, toute bandée.»

«Comme si rien ne s'était passé»

«Il y a eu ce bruit et Roberto est sorti pour prendre des photos, raconte pour sa part Ammu. Je me suis ruée à l'intérieur pour prendre ma caméra et en une fraction de seconde il m'a crié de me coucher, il a couru dans la tente et j'ai plongé sous la table en fermant les yeux. Quand la secousse s'est arrêtée, j'ai rouvert les yeux et tout était blanc, comme si nous avions été plongés dans un paquet de sucre glace. J'ai tenté de dégager la neige et ai réalisé que mes mains étaient couvertes de sang, mes lunettes avaient disparu et j'ai crié le nom de Roberto et je l'ai entendu marmonner mon Dieu en espagnol.»

«J'ai entendu Pasang appeler mon nom et j'ai crié aussi fort que possible, il a couru et a arraché le tissu de la tente pour nous tirer de là. Il y avait quelque chose sur ma jambe qu'il a enlevé, je crois. Je me souviens me relevant et tout était blanc et très, très calme. Je me suis dit: comment cela peut-il être si calme, où sont-ils tous? J'ai vu l'un des porteurs, qui souffrait beaucoup, recouvert de couvertures. La responsable de la tente des repas que j'avais rencontrée deux minutes plus tôt était là, sa tête saignait. J'ai trouvé un rouleau de papier toilette et j'ai essayé de l'enrouler autour de sa tête et elle a commencé à bander ma main.

Après les premières répliques, j'ai sorti ma caméra et j'ai commencé à filmer en mode automatique, parce que je ne voyais pas bien. Le papier toilette tenait mal et le sang a coulé sur la caméra, il y a eu de nouvelles répliques et le sherpa nous a dit de sortir. Nous sommes allés à la tente Himex - ils l'appellent la capsule blanche - et ils m'ont nettoyé les mains. Ils m'ont dit assieds-toi là mais je n'étais pas tranquille car je n'aidais personne et je ne travaillais pas.

J'avais l'impression qu'il fallait que je fasse quelque chose, alors on m'a donné une paire de gants, un sherpa est venu avec moi et j'ai pris quelques plans des secours. Je me souviens m'être dit qu'ils avaient été très rapides à se mobiliser. Il n'y avait pas d'hélicoptère le premier jour mais je me suis dit, ouah, les gens sont déjà pris en charge. Ils organisaient l'aide médicale et nous ont fourni des sacs de couchage.

Nous étions 15-20 dans la tente Himex cette nuit là mais je n'ai pas vraiment pu dormir et j'ai continué à penser au porteur blessé, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi nous avions survécu. Au milieu de la nuit, j'ai dû aller aux toilettes et en revenant j'ai levé la tête et vu les montagnes, un ciel immaculé, comme si rien ne s'était passé ce jour-là». (afp)

L'ONU débloque une aide

Le Fonds central pour les interventions d'urgence (CERF) de l'ONU a octroyé mardi 15 millions de dollars (13,7 millions d'euros) pour financer l'aide humanitaire au Népal, ravagé samedi par un séisme qui a fait des milliers de morts.

«C'est une course contre la montre» alors que le nombre final de victimes reste encore inconnu, a déclaré un porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) des Nations unies, Jens Laerke, lors d'un point de presse à Genève.

Trois jours après le séisme, les besoins humanitaires ne cessent de s'accroître.

Tous les alpinistes bloqués dans l'Everest ont été évacués

Tous les alpinistes bloqués à plus de 6000 mètres d'altitude sur les pentes du mont Everest depuis le séisme de samedi au Népal ont pu être évacués par hélicoptère, a-t-on appris mardi auprès des alpinistes encore présents dans le camp de base sud. Les secours ont profité la veille d'un temps dégagé. Trois hélicoptères ont ainsi pu faire la navette toute la journée de lundi pour vider le camp 1 (6000 m environ) de ses occupants. Des alpinistes sont descendus du camp 2 (6400 m) pour être hélitreuillés à leur tour. Chaque hélicoptère ne pouvait transporter que deux personnes à la foi, en raison du manque d'oxygène. Au total, 170 alpinistes ont été ramenés au camp de base sud (5400 m).

La congestion de l'aéroport ralentit la distribution de l'aide

La congestion de l'aéroport de Katmandou est un défi majeur à surmonter pour l'acheminement de l'aide humanitaire aux victimes du séisme, ont indiqué mardi à Genève les organisations humanitaires. Plusieurs avions à destination du Népal ont dû faire demi-tour. «Un premier avion cargo doit atterrir aujourd'hui, mais nous n'avons pas encore reçu le feu vert», a affirmé la porte-parole du Programme alimentaire mondial à Genève Elisabeth Byrs. Le PAM veut distribuer de l'aide à 1,4 million de personnes pendant trois mois. «Beaucoup d'avions en route pour Katmandou ont été contraints de faire demi-tour, car ils ne pouvaient pas atterrir», a précisé le porte-parole du Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) Jens Laerke. Les mauvaises conditions météo et les difficultés d'accès sur le terrain s'ajoutent à ces contraintes logistiques pour ralentir l'acheminement de l'aide internationale.

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