Drame de Toulouse: «L'enquête avance à grands pas»
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Drame de Toulouse«L'enquête avance à grands pas»

Intime de Sarkozy, le rabbin David Zaoui croit savoir que l'enquête sur les meurtres de Toulouse est en bonne voie.

«L'enquête avance de manière très certaine et très rapide», a affirmé le rabbin Zaoui, directeur du Beth Loubavitch de Neuilly-sur-Seine, au lendemain de la fusillade qui a fait quatre morts dont trois enfants dans un collège juif de Toulouse.

«Je ne peux pas vous en dire plus mais on a des affirmations que l'enquête avance à grands pas», a-t-il assuré, en précisant connaître intimement le président Nicolas Sarkozy et l'avoir eu au téléphone récemment.

Nicolas Sarkozy a longtemps été maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Peu d'éléments

Alors que les autorités françaises ne cachent pas leur crainte que l'homme frappe de nouveau, les éléments sur son parcours et sa personnalité sont maigres: une arme de calibre 11,43, un scooter de 500 cm3, une caméra sur la poitrine.

Le premier acte du tueur passe presque inaperçu. Le Parquet de Toulouse annonce la mort d'un homme d'une trentaine d'années, tué par arme à feu, dans l'est de Toulouse.

En fait, l'assassin vole un scooter noir dès le 6 mars. Et entre en contact avec Imad Ibn Ziaten, un sous-officier du 1er Régiment du train parachutiste (RTP) de Francazal, via un site d'annonces. Le militaire met en vente sa moto et précise qu'il est militaire.

Le dimanche 11 mars, Imad Ibn Ziaten gare sa moto en début d'après-midi sur une esplanade dans un quartier résidentiel de Toulouse. Alors qu'il porte encore son casque et se tient près de sa moto, il est abattu à bout portant d'une balle de 11,43 dans la tête. L'assassin s'enfuit à scooter.

Montauban

Quatre jours plus tard, le tueur est à Montauban, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Toulouse.

Il emprunte en scooter les rues les moins fréquentées pour arriver à proximité de la caserne du 17e Régiment de génie parachutiste. Il est 14H10.

Il descend de son engin et se place derrière trois parachutistes qui retirent de l'argent à un guichet automatique. Il vide un chargeur sur les militaires, en engage un second. Selon des témoins, il écarte une personne âgée pour ne pas la blesser. Et retourne l'une des victimes qui rampe pour l'achever de trois balles.

La police retrouve un chargeur, mais le tueur l'a nettoyé: aucune empreinte digitale ou trace d'ADN.

Une dame qui a assisté à la scène croit avoir «aperçu» sous sa visière à moitié relevée un «tatouage ou une cicatrice au niveau de sa joue gauche».

Deux parachutistes d'origine maghrébine, Abel Chennouf, 25 ans, et Mohamed Legouad, 24 ans, sont morts. Le 3e parachutiste, Loïc Liber, un Antillais de 28 ans grièvement blessé à la moelle épinière, lutte toujours pour survivre.

A ce moment de l'affaire, la police sait que la même arme a été utilisée dans les deux fusillades. Des enquêteurs arrivent à Toulouse pour enquêter sur les meurtres.

Toulouse

Lundi, l'assassin circule sur un scooter probablement «modifié» en blanc lorsqu'il arrive devant une école juive de Toulouse. Le tueur se gare calmement et s'approche de l'école Ozar-Hatorah. Il est un peu plus de 08H00.

Il tire sur Jonathan Sandler, un professeur de religion de 30 ans, et ses deux fils, Gabriel, 4 ans, et Arieh, 5 ans.

Il entre ensuite dans la cour de l'établissement et attrape Myriam Monsonego, la fille de 7 ans du directeur de l'école, pour lui tirer directement dans la tête.

Une nouvelle fois, le mystérieux tueur ne laisse rien au hasard. Il possède deux armes, de calibres 11,43 mm et 9 mm. Une première s'enraie; il utilise la seconde pour terminer le carnage.

Dans l'école, l'assassin porte une caméra sur sa poitrine, «permettant d'enregistrer en grand angle des images et ensuite de les visionner sur l'ordinateur». «Dans mon esprit, cela serait de nature à conforter le profil psychologique de l'assassin», a considéré le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Des spécialistes évoquent des similitudes avec le Norvégien Anders Behring Breivik, qui avait envisagé, dans un manifeste diffusé sur internet juste avant de tuer 77 personnes le 22 juillet 2011, de filmer ses attaques. (ap)

Les représentants des communautés juive et musulmane reçus à l'Elysée

Les représentants des communautés juive et musulmane ont refusé mardi de blâmer le climat de la campagne présidentielle pour les fusillades qui ont fait sept morts en huit jours à Toulouse et Montauban, mettant en garde contre toute tentative de récupération. Ils ont par ailleurs annoncé la tenue d'une marche silencieuse dimanche prochain à 15h à Paris.

Le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) Richard Prasquier a réfuté tout lien entre la polémique sur l'abattage rituel et la tuerie de lundi dans un collège-lycée juif de Toulouse. Quant à Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, il a souligné qu'il serait «honteux» d'instrumentaliser ce drame, sans viser «personne».

Les deux hommes ont été à l'Elysée par le président Nicolas Sarkozy à la mi-journée, en compagnie du grand rabbin de France Gilles Bernheim, du président du Consistoire Joël Mergui et du recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur.

A sa sortie, M. Prasquier a évoqué la campagne électorale, qui a été suspendue par Nicolas Sarkozy comme par son adversaire socialiste François Hollande.

«Il n'y a absolument rien à voir entre le climat -que l'on peut considérer comme délétère si l'on veut- et la monstruosité d'un tel acte», a-t-il considéré au lendemain de la fusillade qui a fait quatre morts, dont trois enfants, à l'école Ozar Hatorah à Toulouse.

«Il n'y a aucune comparaison à faire», a insisté le président du CRIF. «L'homme qui a tiré une gosse par les cheveux pour lui loger une balle dans la tête ne l'a pas fait parce qu'il a entendu telle ou telle remarque au sujet de l'abattage rituel. Il faut arrêter de faire la liaison entre ces deux événements», a-t-il affirmé.

Les parachutistes abattus à Montauban et Toulouse étaient d'origine maghrébine pour deux d'entre eux et antillaise pour le troisième.

Mohammed Moussaoui, président du CFCM, a estimé qu'«afficher un front uni entre les communautés juive et musulmane, et aussi avec l'ensemble de la communauté nationale, est la seule chose qui doit primer aujourd'hui».

«Bien que l'on soit dans une campagne électorale où certains peuvent être tentés d'instrumentaliser, je pense que ça serait honteux pour ceux qui empruntent ce chemin d'agir de la sorte. Je ne pense à personne. Simplement, je le dis pour prévenir des comportements qui ne sont pas dignes», a-t-il déclaré.

Nicolas Sarkozy devait se rendre à l'aéroport de Roissy ce mardi après-midi pour se recueillir devant les dépouilles des victimes de la fusillade de Toulouse, avant leur départ pour Israël où elles doivent être inhumées, a-t-on appris auprès de l'Elysée. Le chef de l'Etat, qui a présidé une nouvelle réunion de sécurité dans la matinée, a demandé au ministre des Affaires étrangères Alain Juppé d'accompagner les corps, a-t-on précisé de même source.

«Il y a là quelque chose d'extraordinairement grave qui est survenu. On ne sait pas quelle sont les motivations de cet homme, mais on sait très bien que ça n'est pas l'ambiance générale qui l'a fait basculer dans la perpétration de ces actes. D'ailleurs, comme vous le savez, il a auparavant tué trois soldats et ce n'était pas l'ambiance, l'atmosphère qui fait qu'il a commis ces crimes», a-t-il affirmé.

Les dirigeants israéliens furieux après les propos de Catherine Ashton

Les dirigeants israéliens ont dénoncé mardi des propos tenus la veille par la Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères Catherine Ashton, celle-ci ayant lié la fusillade meurtrière survenue dans une école juive de Toulouse aux frappes militaires israéliennes qui tuent des enfants palestiniens à Gaza.

Catherine Ashton a affirmé un peu plus tard dans la journée que ses propos avaient été «scandaleusement déformés».

Lors d'une conférence ayant pour thème les jeunes réfugiés palestiniens, lundi, Mme Ashton a évoqué les enfants tués «dans toutes sortes de terribles circonstances», y compris dans la fusillade de Toulouse, et les événements «qui se passent à Gaza».

Le Premier ministre israélien, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères ont tous dénoncé ses propos.

Benyamin Nétanyahou a déclaré dans un communiqué qu'il était outré par «le parallèle entre le massacre ponctuel d'enfants (...) et les frappes chirurgicales, défensives, contre des terroristes qui utilisent des enfants comme boucliers humains».

Pour se justifier, Mme Ashton a assuré que ses propos faisaient référence aux «tragédies prenant les vies d'enfants partout sur la planète, et ne faisaient pas le moindre parallèle entre les circonstances de l'attaque de Toulouse et la situation à Gaza».

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