Genève: «L'entrée de l'immeuble, c'est une déchetterie!»

Actualisé

Genève«L'entrée de l'immeuble, c'est une déchetterie!»

Des habitants du centre-ville dénoncent les ordures qui s'amassent dans leur hall et la puanteur des lieux. Selon eux, la régie ne fait rien.

David Ramseyer
par
David Ramseyer
1 / 4
Des containers et des sacs-poubelle trônent dans le hall d'entrée du numéro 8, avenue Henri-Dunant. Selon les habitants, l'amas d'ordures est souvent bien plus important que sur ce cliché.

Des containers et des sacs-poubelle trônent dans le hall d'entrée du numéro 8, avenue Henri-Dunant. Selon les habitants, l'amas d'ordures est souvent bien plus important que sur ce cliché.

dra
Lecteur reporter
L'entrée du numéro 8, avenue Henri-Dunant. L'immeuble est situé en bordure de la plaine de Plainpalais.

L'entrée du numéro 8, avenue Henri-Dunant. L'immeuble est situé en bordure de la plaine de Plainpalais.

dra

Les effluves nauséabondes agressent les narines dès que l'on entre au 8, avenue Henri-Dunant, dans le quartier de Plainpalais. Près de la porte s'amoncellent plusieurs sacs poubelles. «C'est répugnant! Et quand il fait chaud, c'est bien pire, prévient Denise*. Chez moi, je mets un long coussin au bas de la porte pour éviter que les odeurs ne pénètrent dans mon appartement.»

Dans cet immeuble décrépit où plusieurs plafonniers ont rendu l'âme, et dont l'ascenseur est sujet à des pannes régulières d'après les habitants, ces derniers déposent depuis des mois leurs ordures dans le petit hall, faute d'un emplacement adéquat. «Parfois, il y en a tellement que je ne peux même pas accéder à ma boîte aux lettres, assure Lucia*. Ici, l'entrée, c'est comme une déchetterie.» La retraitée et son mari, qui jurent avoir aperçu des souris et des rats dans les couloirs, n'osent pas inviter des gens. «On a honte, c'est trop sale.»

Un casse-tête, selon le propriétaire

Mails, lettres, appels téléphoniques... Rien n'y fait, d'après les locataires: «La régie s'en fout.» Cette dernière - Alain Bordier & Cie SA - renvoie au propriétaire des lieux, DM immo SA. Administrateur de la société, Daniel Metzger affirme «ne pas savoir quoi faire de ces poubelles», qui ne peuvent légalement pas être laissées sur le domaine public. Le règlement municipal sur la gestion des déchets précise cependant que «les propriétaires d'immeubles sont tenus de fournir les conteneurs de collecte en nombre suffisant».

L'homme pointe du doigt la voirie de la Ville, qui a réduit le nombre de ses levées. «Je veux négocier avec elle», dit-il. Et le local à la cave, où les habitants pouvaient déposer leurs ordures auparavant? L'accès est fermé depuis des mois. «Les gens mettaient leurs détritus n'importe où, même dans les escaliers. Mais oui, pourquoi ne pas rouvrir un espace au sous-sol?» Daniel Metzger assure aussi qu'il cherche une solution pour, peut-être, créer une zone de dépose sur le palier extérieur de l'immeuble, «un périmètre qui nous appartient et n'empiète pas sur le domaine public». Quant aux problèmes d'ascenseur, selon lui, ils sont dus à des déprédations.

Des solutions pour les occupants

De son côté, l'Association de défense des locataires (Asloca) rappelle que dans pareils cas, les habitants ont des moyens d'action. «C'est à eux de dénoncer le problème à la régie. Le faire collectivement est plus efficace», recommande Christian Dandrès, avocat à l'Asloca. Si la démarche ne produit aucun effet, les résidents ont la possibilité de mettre le gérant de l'immeuble en demeure. Puis de menacer de consigner leur loyer, dont une baisse temporaire peut être parallèlement exigée. Ultime possibilité: se tourner vers le Tribunal des beaux et loyer; un juge a en effet le pouvoir d'ordonner des travaux.

En attendant une éventuelle solution, Denise paraît lasse: «On ne demande pas la lune, juste un peu de propreté et d'hygiène...»

*Prénom d'emprunt

La barrière de la langue

Dans un immeuble comme celui de Lucia et Denise, où les occupants sont très majoritairement non francophones, pas évident de se faire entendre de la régie. Ils n'osent souvent pas l'interpeller, car ils ont peur de mal se faire comprendre. «C'est effectivement compliqué pour eux s'ils ne maîtrisent pas le français, confirme l'Asloca. De plus, ils ne connaissent bien souvent pas le système, ni leurs droits.» Raison pour laquelle l'Office fédéral du logement édite depuis plusieurs années une brochure en 16 langues, pour informer les locataires étrangers. Certains d'entre eux, au statut précaire, craignent aussi de se signaler en se plaignant à leur gérance.

Ton opinion