Sciences: L'EPFL met au point un détecteur d'explosif artisanal
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SciencesL'EPFL met au point un détecteur d'explosif artisanal

Une nouvelle catégorie de détecteur mobile a été mise au point, capable de déceler les vapeurs de certains explosifs, fabriqué ...en cuisine.

par
Pascal Schmuck
Un démineur s'affaire sur la valise suspecte en vue de la faire sauter, lors d'une alerte a la bombe sur le Place St-Francois. C'était en juin 2008 a Lausanne.

Un démineur s'affaire sur la valise suspecte en vue de la faire sauter, lors d'une alerte a la bombe sur le Place St-Francois. C'était en juin 2008 a Lausanne.

photo: Keystone

La lutte contre le terrorisme est également une affaire de scientifiques. Un groupe international, qui comprend des membres de l'EPFL, a décidé d'y jouer un rôle. Il a mis au point un détecteur mobile qui reconnaît les vapeurs se dégageant lors de la fabrication d'explosifs et donne l'alerte, comme l'explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 21 juillet.

Il permet ainsi de déceler la réalisation de triperoxyde de triacétone, ou TATP, un explosif prisé par les terroristes. Il a été notamment utilisé lors des attentats de Paris et Bruxelles. Outre le fait d'être très puissant et instable, il peut être synthétisé dans une cuisine, sans grandes connaissances en chimie, et ses éléments sont faciles à trouver.

De l'eau oxygénée

Lors de sa synthèse, il faut concentrer du peroxyde d'hydrogène, ou eau oxygénée, explique Jean-Jacques Sauvain, chimiste à l'Institut universitaire romand de santé au travail. Il suffit donc de la faire chauffer dans une casserole sur une plaque de cuisson. Une petite partie va toutefois s'évaporer durant le processus et c'est là qu'interviennent les scientifiques et leur détecteur.

Ce dernier va réagir en émettant une faible lumière qui permettra de découvrir la concentration de peroxyde dans l'air. Cette technologie est déjà utilisée dans le civil. Elle permet de voir si des travailleurs sont soumis à des substances toxiques dans l'air dans des sites industriels, souligne Jean-Jacques Sauvain.

Un réseau urbain possible

Pour le détecteur, il a fallu accélérer tout le processus d'analyse. La durée standard pour un usage civil est de deux heures. Impossible pour les services de police, a expliqué le directeur du projet Francesco Romolo, de l'Université Sapienza de Rome. La mesure et l'analyse ont été ramenées à 15 minutes.

Des senseurs ont également été développés, capables de détecter ces émanations. Ce sont les attentas de Londres en 2005 qui ont poussé à la réalisation du projet. Les terroristes avaient synthétisé durant des semaines du TATP dans un appartement de Londres. Et donc de grandes quantités d'eau oxygénée mais à l'époque, il n'existait pas encore cette technologie capable de les détecter dans l'air.

Les scientifiques n'excluent pas que les villes soient à l'avenir quadrillées par un réseau de ces détecteurs, à l'image de ce qui existe déjà avec la surveillance vidéo. Ils sont en effet assez petits pour être fixés sur les façades d'immeubles. Ils utilisent une connexion sans fil et sont reliés à un serveur où un programme pourra donner l'alarme dès que des concentrations de peroxyde d'hydrogène sont relevées.

Les coiffeurs sous surveillance?

Des essais pilote ont été mené en 2014 sur des sites militaires à Rome et à Stockholm, avec succès. Ce genre de système serait également envisageable en Suisse, a répondu l'Office fédéral de la police (fedpol). Des installations mobiles et fixes existent déjà, qui permettent d'enregistrer des explosifs, des stupéfiants ou encore des gaz de combat.

De là à s'imager que tous les salons de coiffure, qui utilisent de l'eau oxygénée, soit soumis à une surveillance, il y a un pas que Francesco Romolo se refuse à franchir. «Les détecteurs seront paramétrés de telle sorte qu'ils pourront également mesurer d'autres substances, comme de l'acétone qui est utilisé dans le TATP.»

Il reste désormais à commercialiser ces détecteurs et d'autres tests sont nécessaires, en plus d'un logiciel qui sera capable de gérer le réseau de senseurs. Mais Francesco Romolo se dit sûr qu'à l'avenir, ce genre d'appareil sera capable d'interrompre des préparations d'attentats.

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