Grippe A (H1N1): L'épidémie «en recul» au Mexique
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Grippe A (H1N1)L'épidémie «en recul» au Mexique

La grippe mexicaine s'étend dans le monde: au moins cinq nouveaux pays ont déclaré des cas dimanche, l'Espagne restant la plus touchée en Europe, avec 40 cas, et le Canada annonçant une première contamination d'un élevage porcin par l'homme.

Au Mexique en revanche, le virus semblait marquer le pas.

A la crise répondent certains excès: le Mexique, pays toujours le plus touché, avec 506 cas dont 19 décès, commence à s'émouvoir des mises en quarantaine de ses ressortissants en Asie, à Hong Kong, où 350 personnes étaient confinées dans un hôtel, ou en Chine, où les voyageurs mexicains sont priés de s'identifier à l'arrivée, et ce malgré l'absence de nouveau cas. La cheffe de la diplomatie mexicaine Patricia Espinosa a qualifié ces mesures de «discriminatoires» et exhorté ses compatriotes à ne plus se rendre en Chine.

En Egypte, où aucun cas n'a pourtant été recensé, la décision d'abattre tous les porcs débouche désormais sur des affrontements entre forces de l'ordre et minorité chrétienne.

A ce jour, on dépassait les 900 cas sur toute la planète, selon un décompte de l'Associated Press, principalement au Mexique, aux Etats-Unis (226 cas, dont un décès, dans 30 Etats) et au Canada, et touchant 18 pays. Mais les experts pensent que la grippe A(H1N1) s'est en fait déjà répandue au-delà, et les responsables des CDC (Centres de contrôle et de prévention des maladies) d'Atlanta expliquent que leurs décomptes sont quasiment déjà périmés au moment où ils les annoncent.

Dimanche, la Colombie est devenue le premier pays d'Amérique du Sud à faire état d'un premier cas, après le Costa Rica la veille pour l'Amérique centrale.

En Europe, la palme revient toujours à l'Espagne, passée dimanche à 40 cas confirmés. Mais ces patients, qui tous sauf deux étaient récemment rentrés du Mexique, sont déjà remis. La Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne faisaient eux aussi état de nouveaux cas confirmés.

Mais la panique des premiers jours semble marquer le pas, comme la progression de l'épidémie: cette dernière «est dans sa phase de recul» au Mexique, jugeait dimanche le ministre mexicain de la Santé José Angel Cordova, après avoir parlé de «stabilisation» la veille.

Un peu plus d'une semaine après l'alerte donnée par l'Organisation mondiale de la Santé, le virus dit «mexicain» garde tout son mystère, et s'il semble pour l'instant plus bénin qu'on ne le craignait, rien ne permet de dire qu'il ne deviendra pas plus meurtrier.

«La grippe est imprévisible», note le docteur Tim Uyeki, épidémiologiste des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, qui a travaillé sur les épidémies de SRAS (syndrome respiratoire aigû sévère) et de grippe aviaire (H5N1). «Il y a tellement de questions sans réponse. C'est un virus tout nouveau. Il y a tant de choses que nous ne savons pas au sujet des contaminations humaines avec ce virus».

Pour le docteur Mike Ryan, directeur de l'alerte mondiale à l'OMS, face à des virus mutants et susceptibles de se réassortir encore, «il serait imprudent à ce stade de trop se rassurer» avec le faible nombre de décès.

Dernier sujet d'interrogation en date, l'annonce au Canada de la première contamination par cette souche humaine d'une autre espèce, en l'occurrence les porcs d'un élevage de l'Alberta: quelque 220 animaux ont été placés en quarantaine après avoir été contaminés par un employé rentré du Mexique. Mais ils sont tous en cours de guérison, et cela ne doit pas déclencher d'inquiétudes pour le consommateur, selon les responsables de la santé et de l'agriculture.

Mais c'est peine perdue par exemple en Egypte, où les autorités ont décrété l'abattage de tous les porcs, élevés par l'importante minorité chrétienne, l'islam interdisant en effet la consommation de porc, animal considéré comme impur. Au Caire, l'intervention des équipes sanitaires, escortées par les forces de l'ordre, pour mener cette opération à bien a fait 12 blessés dans un immense bidonville du Caire, déclenchant la fureur des ses habitants, misérables, qui vivent de la collecte d'ordures et élèvent des cochons sur les détritus.

Et à Bagdad, alors que l'Irak non plus n'est pas touché par la grippe mexicaine, trois sangliers du zoo ont eux aussi fait les frais de ces peurs et ont été euthanasiés, «par précaution». (ap)

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