Euro 2016: L'Espagne avec ou san(s) Iker?
Actualisé

Euro 2016L'Espagne avec ou san(s) Iker?

Relayé au rang de doublure de David De Gea avec la Roja, Iker Casillas pourrait être aligné contre la Croatie mercredi. Retour sur ses plus belles parades.

Rejeté par le Real Madrid, désormais gardien remplaçant de cette Espagne qu'il avait hissée au sommet, Iker Casillas (35 ans) ne s'est décidément pas aménagé les sorties flamboyantes que sa carrière aurait méritées.

L'occasion de rappeler combien San Iker avait été important pour sa Selección, alors que la Roja, déjà qualifiée pour les 8es de finale de l'Euro 2016, affrontera la Croatie mercredi.

Il suffit peut-être de se souvenir de quatre moments bien précis pour prendre conscience, avec le recul que l'enchaînement effréné des compétitions concurrence, de ce qu'a apporté Iker Casillas au football espagnol.

Quatre parades de dingue

Le 15 mai 2002, ce Madrilène pur sucre est, après quelques fragiles prestations, sur le banc merengue pour la finale de la Ligue des champions. Mais le titulaire Cesar Sanchez se blesse et doit sortir. Ces vingt-cinq minutes de jeu, alors que le Real menait 2-1 contre Leverkusen, sont le socle de la légende de Casillas, auteur de quatre parades hallucinantes pour préserver le score.

Le sacre de Vienne face à la Squadra

En 2008, Casillas n'est plus un gamin et encore moins un numéro 2. Considéré comme un des meilleurs gardiens au monde, l'Espagnol va faire chavirer son pays, frappé jusqu'à cet Euro austro-suisse par la malédiction des quarts de finale. Alors, personne ne croit la Roja capable de sortir l'Italie. Et puis arrive la séance de tirs au but. Et puis... Iker Casillas devient «San Iker», en repoussant les tentatives de Di Natale et de Rossi.

La Selección vainc le signe indien et cueille un titre qu'elle attendait depuis 48 ans! Et ce sacre de Vienne en a appelé bien d'autres, tant l'Espagne, dans le sillage du FC Barcelone, a dominé le football durant cette période. La Roja a dominé, certes, mais il convient de ne pas oublier que sans son gardien, le triplé 2008 - 2010 - 2012 n'aurait sans doute pas été possible.

Le réflexe du Mondial 2010 contre Robben

Car, en Afrique du Sud, la sélection de Vicente Del Bosque doit encore une fière chandelle à son dernier rempart. Ainsi, un soir de juillet, un soir de finale à Soccer City, Arjen Robben s'est présenté seul face à un San Iker qui était «déjà presque à terre», comme le relate lui-même le Madrilène. Un réflexe du pied droit interdit néanmoins au Néerlandais d'ouvrir la marque, ce que fera Andres Iniesta à la fin des prolongations. L'Espagne est championne du monde pour la première fois de son histoire.

Rakitic et Perisic dégoûtés

La finale de 2012 a été bien plus tranquille pour Casillas (4-0 contre l'Italie). Mais encore fallait-il parvenir jusqu'à Kiev. Là aussi, le gardien de la Roja a fait sa part du boulot. On se souvient sans doute plus facilement du penalty de João Moutinho qu'il a repoussé en demi-finale contre le Portugal avant que Bruno Alves n'envoie le ballon sur la transversale, lors de la séance fatidique. Mais encore fallait-il parvenir jusqu'à Donetsk... Car sans deux immenses arrêts de San Iker face à Rakitic et Perisic à Gdansk, la Croatie se serait probablement qualifiée pour les quarts de finale avec l'Italie en éliminant du même coup le tenant du titre dès la phase de poules.

«Choisir le meilleur»

Quatre moments, quatre morceaux de bravoure, mais quatre éléments appartenant au passé. Et aucun sportif d'élite ne peut vivre uniquement sur son passé. «Cela a été très douloureux pour moi de faire ce choix», a expliqué Del Bosque au début de cet Euro, quand on lui a demandé pourquoi il avait préféré David De Gea à Casillas. «C'est un joueur qu'il faut respecter, il est là depuis quatorze ans. Mais, quand on a un doute, on essaie de choisir le meilleur. Ce n'est pas simple, Casillas a plus de 160 sélections.»

Pourtant, Del Bosque a tranché. Ce qu'il n'avait vraisemblablement pas eu le coeur de faire avec un Xavi en bout de course, au Mondial 2014, avec les conséquences que l'on sait. Casillas - Xavi, les deux colauréats du Prix Prince des Asturies 2012, un petit Prix Nobel de la paix dans le monde du sport espagnol. Les deux hommes avaient été honorés pour leur rôle crucial dans le vestiaire de la Selección, alors que les tensions étaient à leur comble entre joueurs du Real et du Barça, au plus fort des années Mourinho.

«C'est une 3e division pour Iker»

C'est pour cela aussi que Del Bosque a parlé de sa «douleur». Il sait ce qu'il doit à San Iker, il sait ce que l'Espagne doit à San Iker. Mais la vérité du terrain est celle-ci: même s'il n'avait pas mis les formes, José Mourinho avait raison quant au niveau déclinant du gardien. Le successeur du Portugais au Real, Carlo Ancelotti, n'avait d'ailleurs pas réinvesti le Madrilène en tant que numéro un absolu. Aujourd'hui, Casillas joue au FC Porto et n'y fait pas toujours bonne figure.

«C'est une 3e division pour Iker», s'était emportée sa mère, fâchée devant le manque d'égard du Real pour son fils, sorti par la porte de derrière après seize ans, 725 matches et beaucoup de titres. «Un jour, j'expliquerai pourquoi j'ai dû partir de cette façon, a promis Casillas en mai dernier. Si je veux faire scandale, je dois écrire un livre sur ce sujet...» (ats)

Ton opinion