Euro 2012: L'Espagne parachève son chef d'oeuvre
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Euro 2012L'Espagne parachève son chef d'oeuvre

L'Espagne a accompli à Kiev son destin historique en remportant avec la manière son troisième grand tournoi consécutif.

par
Marc Fragnière
Kiev

C'est avec un jeu et une percussion retrouvés que la Roja a accompli sa mission au Stade olympique. Décriée pour son jeu parfois soporifique, l'Espagne a fait taire les critiques. Elle a retrouvé toute sa superbe en finale. Au point d'administrer une véritable leçon à une Italie pourtant si solide jusqu'alors.

Les Ibères ont joué leur partition de Tiki-Taka sans fausse note. Une maîtrise tactique et technique proche de l'excellence qui aura été fatale à une Squadra rapidement débordée, puis obligée d'évoluer à dix dès la 61e, en raison de la blessure du remplaçant Thiago Motta. Mérité, le succès hispanique porte plus particulièrement le sceau de deux hommes: Silva et Xavi. Auteur du premier goal, le lutin des Citizens a clôturé un Euro solidement accompli à l'ombre du flamboyant Iniesta.

Passeur sur les deux buts suivants, le dépositaire du jeu barcelonais a quant à lui rappelé que les joueurs talentueux savent se sublimer lors des grandes occasions. Un brin effacé durant le tournoi, Xavi a remis les pendules à l'heure.

En résolvant une équation capitale, Vicente Del Bosque - qui est devenu le deuxième entraîneur après l'Allemand de l'Ouest Helmut Schön (1972-1974) à remporter un Mondial et un Euro - a tenu un rôle prépondérant dans cette nouvelle conquête. Jamais en effet Pirlo n'a pu prendre les commandes de la machine azzurra, trop bien muselé tour à tour par Xavi, Fabregas ou Alonso. Sans son stratège, l'Italie a été moins précise.

Cesare Prandelli se souviendra sans doute toujours de sa première défaite en match officiel à la tête de la sélection. Mais sa formation n'a surtout été dangereuse que sur balles arrêtées. Soucieux de remporter le duel des gardiens face à Gianluigi Buffon, Iker Casillas a néanmoins systématiquement mis son véto au prix de sorties aériennes décisives, notamment devant De Rossi (16e), Balotelli (27e) ou Motta (58e), ou de parades pas toujours difficiles mais nécessaires sur des tentatives de Cassano (29e/33e), Montolivo (44e) ou Di Natale (51e). "San Iker", qui n'a concédé qu'un seul but durant cet Euro, a comme d'habitude veillé sur les siens.

La réussite qui lui a permis de décrocher tant de victoire a cette fois-ci fui l'Italie, contrainte de terminer la partie à dix après la blessure de Motta (61e) à peine entré en jeu comme troisième remplaçant. En première mi-temps déjà, Prandelli avait dû sortir un Chiellini hors sujet et touché au genou. Beaucoup pour une seule équipe face à l'ogre ibère...

Espagne - Italie 4-0 (2-0)

Les buts du match

Stade olympique, Kiev. 64 000 spectateurs. Arbitre: Proença (Por). Buts: 14e Silva 1-0. 41e Alba 2-0. 84e Torres 3-0. 88e Mata 4-0.

Espagne: Casillas; Arbeloa, Piqué, Ramos, Alba; Xavi, Busquets, Alonso; Silva (59e Pedro), Fabregas (75e Torres), Iniesta (87e Mata).

Italie: Buffon; Abate, Barzagli, Bonucci, Chiellini (21e Balzaretti); Pirlo; Marchisio, Montolivo (57e Motta), De Rossi; Balotelli, Cassano (46e Di Natale).

Notes: 61e Motta sort sur blessure et l'Italie termine à dix. Avertissements: 25e Piqué. 45e Barzagli.

Brillant! L’Espagne a mis les choses au point dès la 14e. Arbeloa a servi Xavi qui a trouvé Iniesta. Le génial numéro 6 a lancé Fabregas en profondeur, dont la passe en retrait a été ­reprise du chef par Silva. Alba a doublé la mise espagnole (41e). A la réception d’un dégagement de Casillas, le latéral gauche a sollicité le une-deux de Xavi pour se faufiler entre les centraux italiens. Lancé par l'inévitable Xavi, le remplaçant Torres a enfilé le 3-0 à la 84e. Quatre minutes plus tard, l’attaquant de Chelsea profitait d’un superbe service en profondeur de Busquets pour convier Mata, qui venait d’entrer, à la fête. De la belle ouvrage!

Cesare Prandelli, sélectionneur de l'Italie: «L’Espagne nous a administré une vilaine punition. Nous avions dépensé trop d’énergie lors des rencontres précédentes pour pouvoir rivaliser avec elle. L’Espagne a été fantastique et nous étions trop fatigués. Nous avons commencé notre tournoi avec bien des doutes et des soucis. On a démontré à tout le monde ce qu’on pouvait faire avec un bon état d’esprit et avec de la solidarité. Nous avons poursuivi notre rêve. C’est encourageant pour la suite.

Après le match, lorsque j’ai consolé Mario Balotelli, je lui ai dit que cette défaite était le genre d’expérience qui permettent d’aller de l’avant en étant affermis. Évidemment, on ne peut jamais être heureux après un revers. Mais avec le temps, on se souviendra que nous avons réalisé un tournoi extraordinaire avant de perdre cette finale. Nous avons démontré au monde que nous étions capables de produire un football attractif».

Vicente del Bosque: «L’Italie a joué un grand tournoi. Elle a été victime de malchance avec la blessure et la sortie de Thiago Motta. Cela leur a enlevé toute chance de revenir. Avant qu’on marque le 2-0, l’Italie s’était montrée dangereuse. Mais nous avons très bien joué. Nous avons dominé et conservé le ballon. Nous possédons une génération exceptionnelle. Nous avons fait un excellent travail de formation et nos joueurs sont extraordinaires. 4-0, c’est le sport, ça peut arriver même si c’est sévère. On ne doit pas penser seulement au Brésil (n.d.l.r : la Coupe du monde 2014 s’y disputera) mais aussi à la suite. Au vu de la manière dont fonctionne notre équipe nationale, nous en avons le droit. Notre tournoi a été très intense. On a joué contre l’Italie, puis nous avons gagné facilement contre l’Irlande avant de souffrir contre la Croatie. Ensuite rien n’a été facile contre la France et surtout contre le Portugal.

En finale, les changements de l’Italie nous ont facilité la chose. Nous avons disputé un superbe match où tout a fonctionné pour nous. L’Italie a tout essayé, même a dix. Mais la Squadra avait de surcroît pu bénéficier d’un jour en moins de récupération. Nous avons joué notre jeu sans nous occuper du reste».

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