Asie: L'espoir d'une réunification s'éloigne en Corée
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AsieL'espoir d'une réunification s'éloigne en Corée

Les deux Etats sont toujours en conflit 60 ans après la fin de la guerre. La frontière entre les deux pays est d'ailleurs la plus armée du monde.

Soixante ans après la guerre qui a fait des millions de morts et scellé la division de la péninsule entre un Nord communiste et un Sud capitaliste, l'espoir d'une réunification s'éloigne en Corée du Sud.

Les deux Etats, divisés en 1948, restent de facto en conflit depuis l'armistice du 27 juillet 1953 qui a mis fin à trois années de guerre sans pour autant graver la paix dans le marbre.

Le Nord et le Sud présentent à leurs populations la réunification comme un dessein ultime destiné à ressusciter «la» Corée, unie pendant plus de mille ans.

Le Sud inquiet

Mais cette perspective inquiète en Corée du Sud, un des pays les plus développés au monde, en raison de son coût estimé.

Certains redoutent également la rencontre de deux peuples dont l'un vit depuis des décennies sous la coupe d'une dynastie autoritaire, dans un pays reclus où l'information se réduit à la propagande officielle, tandis que l'autre jouit depuis 1987 d'une démocratie moderne, d'une presse libre et d'une vie culturelle effervescente.

Les jeunes générations sont en outre moins enclines à accueillir un membre de la «famille» qu'elles ne connaissent pas, cependant que s'éteignent les anciens, témoins d'un passé révolu, pour beaucoup sans avoir jamais revu leurs proches restés de l'autre côté de la dernière frontière de la Guerre froide.

«Est-ce qu'on ne pourrait pas rester séparés à jamais? Je ne veux pas vivre avec un voyou comme le Nord», lance gravement Grace Choi, une étudiante de Séoul. «Même si la réunification est inévitable, je veux qu'elle arrive après ma mort, genre dans 100 ans», dit-elle.

Risque social et financier

Selon une enquête récente, un Sud-Coréen sur quatre défend l'idée d'une réunification à tout prix, 65% à condition de ne pas en supporter le prix social et financier.

Celui-ci est difficile à chiffrer. Le ministère sud-coréen de l'Unification, responsable des relations intercoréennes, estime qu'il faudrait 55.000 milliards de wons (37 milliards d'euros) pour la seule première année, à la charge essentielle de Séoul.

Patrie de Samsung, le numéro un mondial des téléphones portables, la Corée du Sud est la quatrième économie d'Asie. Son Produit intérieur brut (PIB) représente quarante fois celui de la Corée du Nord.

Economie nord-coréenne en difficulté

L'économie nord-coréenne est elle entravée par les sanctions internationales qui ajoutent à des décennies d'incurie du régime communiste.

Selon les Nations unies, près de 16 millions de Nord-Coréens sur 24 souffrent de sous-alimentation chronique.

Les Sud-Coréens ont d'autant moins d'empathie pour la Corée du Nord qu'ils accusent le régime de maintenir un état de tension permanent sur la péninsule.

«De plus en plus de jeunes Sud-Coréens se demandent: pourquoi devrions-nous faire des sacrifices pour nous fondre avec un pays qui ne cesse de menacer de nous tuer? », remarque le politologue Kim Tae-Hyun.

Pour eux, «les deux Corées ont toujours été séparées. C'est pourquoi il est important de les aider à imaginer la puissance d'un pays unifié, aux plans économique et politique», explique Kim Tae-Hyun.

Séoul organise des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes à qui il est expliqué que la réunification est un «investissement», gage d'un meilleur avenir.

«Nous voulons dire aux jeunes nés après la guerre que la division actuelle n'est pas aussi normale qu'il y paraît», note Park Soo-Jin, porte-parole du ministère de l'Unification.

La réunification est prévue par la Constitution et elle permettrait, à terme, de réduire drastiquement les dépenses militaires. Elle bénéficierait à l'économie sud-coréenne qui reste trop dépendante de ses exportations et de la conjoncture internationale.

(afp)

Défilé en Corée du Nord

La Corée du Nord lustre fusils, chars et missiles pour un gigantesque défilé militaire prévu samedi à Pyongyang à l'occasion du 60ème anniversaire de la fin de la guerre de Corée scellé par un armistice que le régime a juré de mettre en pièces.

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