Actualisé 24.11.2009 à 16:12

Cathédrale de LausanneL'Etat de Vaud a failli dans sa surveillance de la restauration

L'Etat de Vaud n'a pas surveillé la restauration de la cathédrale de Lausanne comme il l'aurait dû.

La Cour des comptes déplore «des problèmes de gouvernance majeurs» qui pèsent lourd pour cet édifice symbolique. Le Conseil d'Etat souscrit aux recommandations.

Des mandataires juges et parties, pas soumis à la loi sur les marchés publics, des experts systématiquement absents lors de séances cruciales: la Cour des comptes a livré mardi des constats sévères sur les processus suivis au cours des dernières années pour restaurer la cathédrale.

Pétitionnaires satisfaits

Des constats, pas des jugements, a insisté la Cour même si ses déclarations ne sont pas très éloignées des virulentes critiques lancées par des citoyens émus de l'état de l'édifice gothique. Ces derniers avaient déposé en février 2008 une pétition.

«Je suis largement content de la réponse de la Cour des comptes», a déclaré à l'ATS Philippe Vuillemin, ancien député libéral et signataire de la pétition. «J'espère que les leçons seront tirées», a-t-il ajouté en se disant «choqué» de la passivité de l'Etat et de l'absence de certains experts.

Autre pétitionnaire, Dominique Blattner attend elle «un changement de cap», autant en ce qui concerne les mandataires que l'Etat. Elle souhaite que ce qu'il y a d'authentique dans la cathédrale puisse enfin être entretenu et conservé de manière à être transmis aux générations prochaines.

Pire pierre

Quelque 41 millions de francs ont été dépensés ces 20 dernières années pour restaurer la cathédrale dont la molasse est «la pierre la plus friable que l'on puisse trouver», a relevé Anne Weill-Lévy, membre de la Cour des comptes.

Elle a dénoncé le fait que les mandataires aient participé non seulement aux consultations sur les travaux à entreprendre, mais aussi aux décisions. Surtout que les experts chargés de chapeauter les projets ont souvent brillé par leur absence.

Experts absents

Le spécialiste de la Confédération a atteint un taux d'absentéisme de 89% aux séances, l'architecte indépendant 82%. Pire, les députés vaudois ont avalisé la reconstruction des arcs- boutants sans savoir que ce choix n'était pas arrêté à l'époque.

«L'Etat lui-même ne sait pas ce qui se passe», a critiqué Anne Weill-Lévy, en raison d'un manque de transparence évident. A cause d'une volonté d'externaliser les travaux, il a en perdu le rôle dirigeant qu'il devait assumer.

Glissement vers le privé

Il y a eu «un glissement de l'Etat vers le privé» qui doit être stoppé. Dans ses recommandations, la Cour des comptes demande en conséquence que l'Etat recouvre la maîtrise de la gestion financière et technique des opérations. Des crédits d'étude devraient être sollicités pour tous les chantiers de restauration importants.

Autre critique des pétitionnaires reprise par la Cour, l'entretien courant de la cathédrale doit être mieux assuré avec une planification et des budgets réguliers. En clair, il ne faut plus privilégier avant tout les opérations lourdes et coûteuses. Le canton de Vaud n'a pas suivi les évolutions en Suisse et en Europe depuis dix ans qui privilégient la conservation à la reconstruction, regrette la Cour.

Mandataires en concurrence

Dans un communiqué, le Conseil d'Etat juge avoir répondu aux recommandations de la Cour par l'adoption en mai 2009 de la Charte pour la conservation de la cathédrale. Il précise que les mandataires seront désormais systématiquement mis en concurrence et que la pluridisciplinarité des équipes sera la règle. (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!