Genève: L'Etat veut se refaire avec l'argent des pendulaires
Actualisé

GenèveL'Etat veut se refaire avec l'argent des pendulaires

Genève songe à limiter les déductions fiscales des frais de déplacement. Sont en jeu 28 millions. Le vote aura lieu le 25 septembre.

par
Jérôme Faas
Les frontaliers visés défalquent en moyenne 8000 francs par an.

Les frontaliers visés défalquent en moyenne 8000 francs par an.

photo: Keystone

En matière d'impôt, la carte politique est souvent simple: la gauche soutient les hausses, la droite les baisses. Pas là. Le Conseil d'Etat désire, pour renflouer les caisses, plafonner à 500 francs les frais de transport professionnels déductibles. La mesure pourrait rapporter 28 millions. Si le peuple l'accepte en début d'automne, elle touchera 47 500 contribuables: 38 500 Genevois et 9 000 frontaliers. La nature de la cible brouille les cartes. Le MCG, le PDC, le PS et les Verts soutiennent ce projet. L'UDC, le PLR, la gauche dure et les syndicats le rejettent.

Ces équipes de circonstance usent d'arguments contraires. PS et Verts veulent des recettes, et aussi favoriser la mobilité douce. «C'était logique de fixer le plafond à la hauteur de l'abonnement annuel Unireso», dit le rose Thomas Wenger. Le MCG vise d'abord les frontaliers. «On ne peut pas tout avoir, habiter en France et ne pas payer, gronde l'élu Sandro Pistis. Les frais de déplacement, ça n'avantage qu'eux. Et on a besoin de cet argent.» Le PDC Vincent Maitre assure, lui, que «cela touchera surtout les Genevois.» Mais juge que beaucoup gonflent leurs frais.

La droite de l'autre camp honnit d'abord la hausse d'impôts. «Une fois de plus, l'Etat est incapable de réformer lui-même», dit Stéphane Florey (UDC). «Pour emm... 9 000 frontaliers, le MCG sacrifie 37 000 Genevois», tance Yvan Zweifel, du PLR. A gauche, les syndicats et Alessandro Pelizzari rejettent un projet «qui touche les salariés, frontaliers et pendulaires. C'est inacceptable dans un contexte de défiscalisation massive des entreprises avec RIE3.»

Le rail suisse derrière le scrutin genevois

A l'origine du plafonnement des déductions des frais de déplacement, une votation fédérale: en février 2014, le peuple suisse a approuvé le projet ferroviaire FAIF, qui prévoit d'allouer 6,4 milliards au rail d'ici 2025. Pour le financer, Berne a notamment décidé de limiter à 3000 francs les coûts de transport professionnel retranchables de l'impôt fédéral direct. Cette nouveauté a offert aux cantons la possibilité de plafonner, eux aussi, cette déductibilité.

Aucun canton n'a serré la vis aussi fort

Si les Genevois approuvaient l'idée du Conseil d'Etat, le canton du bout du lac deviendrait le plus pingre du pays en matière de déductibilité des frais de déplacement. La moitié des cantons n'a fixé aucun plafond, tels que Vaud, Fribourg, le Valais ou le Jura. Parmi ceux qui se sont engouffrés dans la brèche ouverte par Berne, aucun n'est descendu sous les 3000 francs. D'autres discutent de montants bien plus élevés. Les Grisons songeaient ainsi à 9000 francs.

Ton opinion