Actualisé 19.01.2010 à 07:36

Séisme en Haïti

L'étendue des dégâts due à la mauvaise qualité du béton et du fer

La mauvaise qualité du béton et du fer explique l'étendue des dégâts du séisme en Haïti, ont affirmé lundi deux experts français de l'ONG Architectes de l'urgence.

Pendant trois jours, ils ont étudié une trentaine de grands bâtiments publics de Port-au-Prince.

Samedi, ces experts ont visité le lycée français de la ville. «C'est un bâtiment très bien construit, il n'y a aucun problème et nous avons donné notre feu vert pour qu'on y installe un hôpital de campagne» explique Patrick Coulombel.

«Nous avons aussi effectué une expertise de l'hôpital du centre de diagnostic des traitements intégrés (CDTI) et avons remarqué que ce bâtiment souffrait d'un défaut de conception en raison d'ouvertures trop nombreuses au rez-de-chaussée» explique l'architecte Serge Guno.

«On a conseillé de fermer les chambres, mais comme les chirurgiens ont absolument besoin des blocs opératoires au rez-de- chaussée, on a donné notre feu vert, mais avec d'importantes précautions. Notre hantise, ce sont les répliques» ajoute M. Guno.

Fers mous

Les deux architectes ont aussi examiné l'hôtel Créole, et ont fait fermer une salle où s'était installé un groupe de journalistes. «La salle paraît en bon état, mais elle s'effondrera à la moindre secousse», assure M. Coulombel.

La mauvaise qualité du béton et du fer est désignée comme la principale responsable de la fragilité de tous les bâtiments visités, qu'ils se soient effondrés ou fissurés.

«Les fers étaient mous, on pouvait les tordre à la main, et ils étaient lisses alors qu'un bon fer à béton est strié. Quant au béton, la proportion de ciment est mal dosée, sans parler de la mauvaise qualité des agrégats» affirme Patrick Coulombel.

«Pour faire des économies, on utilise un mauvais acier, on rogne sur le ciment, et puis le béton, c'est très technique, compliqué, et il manque ici des personnes capables de mettre en oeuvre un béton de qualité», ajoute-t-il.

60% des bâtiments pas dans les normes

Il faut éviter les bâtiments longs, dit-il encore, et réfléchir à la forme des constructions. Une pyramide ne tombe pas, souligne l'expert, mais «les gens n'ont pas forcément envie d'habiter une pyramide».

Quelque 60% des bâtiments d'Haïti ne respectent pas les normes, estiment les deux spécialistes.

Le lieu de construction est aussi important, estime M. Guno, qui exerce dans l'île française de Martinique. «Les Haïtiens ne sont pas les seuls à faire des erreurs, en Martinique, le collège Dillon 2 a été construit il y a 18 ans sur une faille» précise-t-il.

(ats)

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