Actualisé 01.06.2015 à 20:57

GenèveL'étudiant ivre et le videur nient la thèse du rodéo

Les deux accusés de l'accident mortel de Vernier ont des défenses et des profils très différents. Ils risquent très gros.

de
Jérôme Faas
La voiture du défunt (à gauche), arrêtée à un feu, avait explosé alors quil était déjà mort.

La voiture du défunt (à gauche), arrêtée à un feu, avait explosé alors quil était déjà mort.

Une famille dévastée, bouleversée, mise à terre, et face aux juges, deux hommes. Les acteurs de l'effroyable accident qui a coûté la vie à A., trentenaire marié depuis un mois; deux accusés de meurtre aux personnalités radicalement différentes, qu'à priori un seul élément rapproche: ils contestent, pour des raisons divergentes, s'être livrés à une course-poursuite ce 29 décembre 2012 au petit matin.

Il y a Axel*, étudiant en travail social, à l'époque 21 ans et fumeur de cannabis invétéré, imbibé de vodka red bull la nuit du drame, qui ploie l'échine. Il est précis, fait profil bas. «Je ressens un mélange de tristesse, de remord et de culpabilité. Peu importe ce procès, je suis condamné à vivre avec le poids de mes erreurs. Mais je ne suis de loin pas à plaindre, je ne suis pas la victime.» Oui, il a roulé trop vite, tenté de dépasser l'autre prévenu, accéléré jusqu'à 120 km/h. Il admet tout cela. Mais il assure n'avoir pas voulu faire la course, se mesurer, montrer les muscles. Il voulait juste rentrer chez lui au plus vite. «Absurde», concède-t-il aujourd'hui.

Changement de décor avec Luis, videur, plus fruste, ancré dans ses certitudes, monolithique. Il le répétera une fois, deux fois, dix fois. Ce matin-là, il n'a pas vu A. dans ses rétroviseurs, malgré ce qu'il avait déclaré dans un premier temps aux gendarmes, alors qu'il n'était encore que témoin, malgré la très forte improbabilité. L'angle mort, peut-être, hasarde-t-il. Il se rabat pourtant au moment précis où A. arrive à sa hauteur. Pas vu, insiste-t-il. «Il a un angle mort à 180 degrés, lui», ironise Me Claudio Fedele, avocat excédé de la femme du défunt. Condamné pour cinq excès de vitesse en dix ans, Luis insistera pourtant. «Je ne me sens en aucun cas responsable de la perte de maîtrise du véhicule d'Axel.»

Le procureur Stéphane Grodecki est pourtant persuadé de l'existence d'une course, et tente de la faire admettre aux prévenus. A Axel: «Comment appelez-vous deux véhicules qui roulent de plus en plus vite sur plusieurs centaines de mètres et l'un qui veut dépasser l'autre?» «Dans l'intention, ce n'était pas une course.» A Luis: «C'est du hasard, deux véhicules à 80, 110, 120, et que les deux accélèrent en même temps?» «Oui», répond-il, assurant ne pas avoir adapté sa vitesse à celle de l'autre prévenu. Si le meurtre est retenu, ils risquent 5 ans ferme, au minimum.

*Prénoms d'emprunt

Plusieurs centaines de mètres à se suivre à tombeau ouvert

De 0km/h, vers Ikea, jusqu'à 120km/h, au pont de la Savon­nerie, les véhicules des prévenus n'ont cessé d'accélérer. Luis était devant, sobre. Axel suivait, défoncé. Luis a fait une première queue de poisson à Axel. Il ne conteste pas la manuvre, mais dit n'avoir pas vu son poursuivant. La scène a été filmée. Un second écart aurait poussé Axel à l'éviter puis à emboutir la voiture de la victime, à l'arrêt à un feu. Cet épisode, non filmé mais que l'expert juge très probable, est allégué par Axel, nié par Luis. Le premier plaide l'homicide par négligence, le second l'acquittement.

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