Crise de la dette: L'euro ou la drachme? «Le franc suisse», dit un Grec
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Crise de la detteL'euro ou la drachme? «Le franc suisse», dit un Grec

Samedi, les Grecs découvraient furieux, surpris, ou inquiets pour leur argent que le gouvernement s'en remettait à eux pour sortir de l'impasse des négociations, avec un référendum le 5 juillet.

Les Grecs faisaient la queue pour retirer de l'argent, samedi, avec la crainte d'un effondrement bancaire dans le pays.

Les Grecs faisaient la queue pour retirer de l'argent, samedi, avec la crainte d'un effondrement bancaire dans le pays.

Dans la capitale Athènes comme à Thessalonique, de nombreux habitants se pressaient devant les distributeurs d'argent, un mouvement sans énervement ni panique mais révélateur d'une certaine angoisse.

«Je suis venue retirer autant d'argent que je peux pour subvenir aux besoins de mon magasin la semaine qui vient», témoignait Maria Kalpadikou dans la file d'attente de la Banque nationale de Grèce (BNG) à Thessalonique.

«Si nous n'avons pas d'accord d'ici le 4 juillet, le système bancaire grec s'effondrera. Nous connaissons la drachme, nous avons vécu avec la drachme», s'inquiétait la quadragénaire.

«Il y a une grande incertitude et une insécurité sur ce qui pourrait se passer», expliquait à quelques pas Sofia Makridou, «j'espère qu'une solution sera trouvée pendant le week-end.»

«Le choix de la division avec un référendum», «la bombe du référendum»... Devant les kiosques de la capitale, samedi matin, les unes des quotidiens affichaient la nouvelle tombée dans la nuit : le Premier ministre grec Alexis Tsipras a décidé de confier au peuple la responsabilité d'accepter ou de rejeter les propositions des créanciers.

«L'euro ou la drachme» résumait le journal Eleftheros Typos (classé à droite): «Le franc suisse!» répond en riant Takis Bezaitis, 40 ans. Devant un tel dilemme, ce programmeur informatique s'avouait «perdu»: «Des deux côtés il y a des opinions valables».

Place à la fatalité

Usés par les mesures d'austérité et les interminables négociations de leur pays avec ses créanciers (UE, BCE, FMI) depuis 2010, de nombreux Grecs affichaient un certain fatalisme, anticipant de nouvelles années sombres.

Pour Dimitris Darras, un des nombreux chômeurs de la capitale, «que la solution (choisie) soit mauvaise ou très mauvaise, c'est la même chose pour nous».

Le gouvernement est «complètement irresponsable et hypocrite», s'énervait Yannis Monogios, un jeune commerçant. «Dire oui ou non aux mesures ne veut rien dire car nous ne connaissons pas les conséquences».

«Le gouvernement devrait avoir le courage de décider», renchérit Amalia Notara, une avocate de 45 ans. Pour cette brune aux cheveux courts, le référendum est «une façon indirecte de dire non, de ne pas prendre ses responsabilités». Elle a décidé d'approuver les propositions des créanciers «parce que je pense que le non signifierait que la Grèce irait à la faillite et serait isolée pendant des années et des années».

«Une décision difficile»

Giorgos, lui, votera non: «ils veulent nous baiser mais nous ne nous laisserons pas baiser comme ça». Le jeune homme de 27 ans refuse que «les grands pays nous contrôlent».

«Ils veulent que nous devenions une colonie» titrait samedi Efimerida ton Syntakton, quotidien classé à gauche, avec un dessin représentant une chaise électrique à la place du siège de la Grèce à l'Eurogroupe.

A 16 ans, Jenny n'a pas l'âge de voter mais elle espère que les électeurs pèseront «les pour et les contre»: «C'est vraiment une décision difficile, c'est l'avenir du pays qui est en jeu... J'espère que les gens prendront la bonne décision et que nous n'irons pas à la faillite» dit le jeune fille aux longs cheveux châtains.

Berceau de la démocratique, la Grèce est plutôt avare en référendum: le dernier remonte a plus de quarante ans, le 8 décembre 1974. Appelés à choisir entre la monarchie et la République, les Grecs avaient plébiscité cette dernière.

«C'est bien de nous demander ce que nous voulons faire cette fois», commentait Anastasios Marcatos, chauffeur de taxi. «Quand on est entrés dans l'Europe, ils ne nous ont pas demandé notre avis». (afp)

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