Actualisé 16.01.2015 à 18:30

Fin du taux plancherL'euro se stabilise en dessous de la parité

Le franc suisse tendait toujours à s'apprécier vendredi sur le marché des changes.

Après avoir atteint son plus bas niveau historique dans la nuit, à 98,92 centimes, l'euro s'est stabilisé en début de soirée aux alentours de 0,98 franc, légèrement en dessous de la parité. Vendredi vers 18h15, la monnaie unique européenne valait 0,981 franc, un peu plus de 24 heures après l'annonce surprise jeudi par la Banque nationale suisse (BNS) de l'abandon du cours plancher de 1,20 franc pour un euro.

Le franc s'est apprécié face à toutes les principales monnaies. Le dollar cotait ainsi 85,22 centimes vendredi à 18h15 également. Jeudi matin, l'euro valait encore 1,20 franc et le dollar s'échangeait à 1,01-1,02 franc.

Taux de change volatils

Pour la suite, les taux de change vont assurément rester volatils. La BNS pourrait s'être fixé un objectif interne non révélé quant au niveau du franc suisse, estime le professeur d'économie Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et d'économie monétaire à l'Université de Fribourg.

La déstabilisation causée par la décision de la BNS n'a pas fini de causer de l'incertitude, constate Sergio Rossi, dans un entretien accordé à l'ats. Le phénomène pourrait s'amplifier avec la réunion du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi.

Les observateurs s'attendent à ce que la BCE annonce la mise en place d'un programme de rachats d'actifs, dont des dettes souveraines, pour stimuler l'activité économique au sein de la zone euro. Une telle action aurait pour effet collatéral de faire déprécier davantage le taux de change de l'euro.

«Il faut prévoir alors une nouvelle pression à l'appréciation du franc», explique Sergio Rossi. Selon lui, recourir dès septembre 2011 à un cours plancher constituait une mauvaise idée. Et le maintenir presque trois ans et demi a fait que beaucoup d'entreprises suisses se sont endormies sur un matelas de sécurité.

Plus gros acheteur

En attendant le rendez-vous avec la BCE, les stratégistes spécialisés dans les changes des grandes banques internationales se préparent à abaisser encore leurs prévisions sur le cours de l'euro contre le dollar, dans le contexte du changement de politique de la BNS.

Morgan Stanley, Deutsche Bank ou Société générale ont dès jeudi recommandé de vendre l'euro après la matinée de turbulences sur les marchés financiers qui a entraîné des millions de dollars de pertes, alors que les positions vendeuses sur le franc portaient sur 3,5 milliards de dollars, au plus haut depuis plus d'un an et demi.

«Le plus gros acheteur d'euros sur le marché a disparu», a commenté à l'agence Reuters Susanne Galler, stratégiste sur les changes chez Jefferies en réaction à la décision de la BNS.

Si la BNS était parvenue à prévenir le passage du franc suisse sous le seuil de 1,20 contre l'euro depuis l'introduction du cours plancher en septembre 2011 à coup d'interventions massives sur le marché, en 2011 et 2012, elle était confrontée à une dépréciation de sa devise de plus de 11% contre le dollar depuis l'été dernier.

Un euro condamné à baisser

Nikolaos Sgouropoulous, stratégiste sur les devises du G10 chez Barclays, a dit que la banque d'investissement britannique attendrait l'issue du conseil des gouverneurs de la BCE, jeudi prochain, pour décider éventuellement d'abaisser sa prévision d'un euro à 1,07 dollar à l'horizon de la fin de l'année.

La monnaie unique européenne devrait rester la plus affectée sur le long terme, la BNS ayant été un de ses rares soutiens au cours des derniers mois.

«La part de l'euro dans les réserves de change de la BNS est de 45% et elle devrait avoir augmenté avec la récente absorption d'euros (contre des francs)», note Susanne Galler. L'initiative de la BNS doit aussi être replacée dans le contexte des anticipations sur le lancement d'un programme d'assouplissement quantitatif par la BCE.

«Il y des spéculations dans le marché sur le fait que la BNS a pris les devants par rapport à la BCE, qu'ils savaient que quelque chose doit se passer la semaine prochaine», a-t-il dit en référence aux annonces attendues de la BCE sur un programme d'achat massif de dettes souveraines. (ats)

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