Actualisé 12.03.2012 à 13:59

Six semaines de vacances

L'Europe ne comprend pas le vote suisse

Incompréhension en Europe et dans le monde après le refus des Helvètes de s'octroyer deux semaines de congés payés supplémentaires.

de
cga/man avec ats

L'Europe reste pantoise après la décision des Suisses de refuser deux semaines de congés payés supplémentaires. Avant même le résultat, certains médias s'interrogeaient: «Et si les Suisses refusaient deux semaines de congés payés?», se demandait ainsi dimanche matin TF1. Et le site de la télévision de rappeler le contre-modèle des Français avec leurs 35 heures (contre 42 heures en moyenne en Suisse) en citant Economiesuisse: «Les Français ont nettement plus de temps libre que les Suisses, et cela n'a pas apporté grand-chose.»

En annonçant le refus de l'initiative, la version française du Huffington Post, rappelle que le peuple suisse est «très attaché à la valeur du travail». «Les Suisses aiment dire: nous sommes riches parce que nous travaillons, plus que dans d'autres pays», expliquait le politologue Gilbert Casasus, professeur à l'Université de Fribourg, avant la votation.

De son côté, le journal «L'Alsace» écrivait, en référence à Astérix: «Ils sont fous, ces Helvètes?» La conclusion revient au quotidien francilien «Le Parisien», pour lequel ce résultat est «incompréhensible pour des Français».

«Stakhanovistes autoproclamés»

Les Suisses se sont «tous proclamés stakhanovistes, 'anti–reposistes' et non-adeptes du coup de pompe», écrit le «Messaggero». «En Suisse ce sont les vacances prolongées et non le retour au travail qui procure du stress», continue le quotidien italien. «Le stress de ne pas retrouver son propre travail après quatre semaines de vacances, à cause de la crise. En faire six, cela signifierait augmenter encore de quinze jours cette torture intérieure.»

«Travailler moins? Non merci», titre quant à lui le «Corriere della Sera», qui, comme d'autres médias transalpins, reprend le résultat des votations sur l'initiative. Le journal précise que ce n'est pas la première fois que les Suisses rejettent une initiative proposant de réduire la durée du temps de travail (vacances ou nombre d'heures hebdomadaires).

La presse hispanique insiste particulièrement sur ce «sixième rejet consécutif» d'une initiative visant à améliorer les conditions de travail. «El Periodico» rappelle les votations refusées en 1958, 1976, 1985, 1988 et 2002. «Le Helvètes sont les champions d'Europe en temps de travail hebdomadaire», conclut le quotidien barcelonais.

«Ethique de travail»

La BBC explique qu'en refusant de passer à six semaines de vacances, deux tiers des Suisses ont préféré ne pas se mettre «au même niveau» que leurs voisins européens. L'Allemagne, l'Italie, la Russie et la plupart des nations européennes ont aussi opté pour les six semaines de congé. De son côté l'agence américaine AP insiste sur la légendaire «éthique de travail» des citoyens helvètes. L'agence de presse rappelle le spot télévisé du patronat suisse, diffusé avant le vote, qui représentait un patient de chirurgie se retrouvant avec un post-it collé sur un moniteur médical disant qu'il y avait une pénurie de personnel en raison des nouvelles règles sur les vacances.

«Je plains les Suisses»

Le candidat français à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon «plaint» les Suisses, qui ont refusé deux semaines de vacances supplémentaires, de se laisser «intimider» par le patronat.

«Je comprends parfaitement que le patronat suisse utilise tous les arguments», dont «la peur et l'insulte, contre les travailleurs», a commenté l'eurodéputé lundi sur Europe 1. Il a souligné la situation particulière de ce pays, «coffre-fort de tous les voyous de la terre».

«Je les plains de tout mon coeur de se laisser intimider par un patronat qui les convainc de ne pas prendre de vacances», a insisté le coprésident du Parti de gauche.

«Qu'est-ce que les vacances ? Une part de temps de travail pris dans la répartition entre capital et travail au service des travailleurs». «Je ne suis pas étonné que les patrons suisses n'aiment pas ça», a-t-il observé.

La Suisse à la traîne

Depuis 1984, la loi accorde un minimum de quatre semaines de vacances par an à tous les travailleurs. Les jeunes ont droit à cinq semaines jusqu'à 20 ans. Mais diverses branches et administrations offrent davantage de jours fériés à leurs employés, portant la moyenne nationale à cinq semaines par an.

En comparaison internationale, la Suisse caracole en tête pour ce qui est de la durée de travail hebdomadaire et figure à la traîne pour les congés payés. Une semaine de vacances supplémentaire aurait coûté 2% de la masse salariale ou 6,8 milliards de francs au total.

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