Hongrie: L'Europe reste divisée face à la marche des migrants
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HongrieL'Europe reste divisée face à la marche des migrants

Des centaines de migrants ont quitté Budapest pour parcourir à pied les 175 km qui les séparent de l'Autriche alors que la Hongrie vient de renforcer sa législation anti-migrants.

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La Hongrie a mobilisé des cars pour les transporter les migrants jusqu'à la frontière autrichienne.

La Hongrie a mobilisé des cars pour les transporter les migrants jusqu'à la frontière autrichienne.

Keystone/Frank Augstein
La Hongrie a mobilisé des cars pour les transporter les migrants jusqu'à la frontière autrichienne.

La Hongrie a mobilisé des cars pour les transporter les migrants jusqu'à la frontière autrichienne.

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AP/Frank Augstein

Plus d'un millier de migrants bloqués en Hongrie depuis plusieurs jours ont entrepris vendredi de rejoindre l'Autriche à pied.

Cette scène d'exode inédite, qui a poussé Budapest à mobiliser des cars pour les transporter, illustre la crise migratoire à laquelle les Européens tentent de répondre malgré leurs divergences.

A 2000 kilomètres de là, Aylan Kurdi, le petit garçon de trois ans noyé sur une île grecque, a été porté en terre dans la ville syrienne de Kobané. Le père de l'enfant l'a un temps tenu contre lui avant de déposer le petit corps dans la fosse, a raconté un témoin.

La mère et le frère âgé de cinq ans d'Aylan, ainsi que neuf autres réfugiés syriens, se sont également noyés durant le trajet entre la Turquie et Kos, en Grèce. En visite sur l'île, le numéro deux de la Commission européenne Frans Timmermans a appelé l'Europe à agir «ensemble et unie» si elle veut faire face avec succès à la crise, évoquant «un moment de vérité dans l'Histoire européenne».

«Milliers de réfugiés» en Grande-Bretagne

L'émotion provoquée par ce nouveau drame a bouleversé jusqu'à David Cameron, jusqu'ici inflexible. «Face à l'ampleur de la crise», le Premier ministre britannique a annoncé à Lisbonne que son pays accueillerait «des milliers de réfugiés syriens supplémentaires». Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), 4000 personnes sont concernées.

Londres a déjà accepté près de 5000 Syriens dans le cadre de son programme d'accueil depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, a précisé David Cameron. Arrivé ensuite à Madrid, David Cameron a promis d'augmenter l'aide humanitaire britannique aux réfugiés de 100 millions de livres supplémentaires (près de 150 millions de francs), pour la porter au total à un milliard de livres depuis 2012.

Refus des quotas

Réunis à Prague, les Premiers ministres tchèque, slovaque, hongrois et polonais ont de leur côté invité la Commission européenne à présenter des mesures «viables» lors de la réunion des ministres européens de l'Intérieur du 14 septembre consacrée à la crise des migrants.

Ils se sont aussi prononcés contre la mise en place de quotas de répartition contraignants que préconise la Commission européenne avec le soutien de Paris, Berlin et Rome. Ils ont exprimé leur solidarité à leur homologue hongrois Viktor Orban, dont le pays peine à gérer l'afflux de milliers de réfugiés qui transitent sur son territoire pour rallier l'Autriche ou l'Allemagne.

Les ministres des affaires étrangères tchèque et slovaque ont par ailleurs proposé l'ouverture d'un couloir ferroviaire pour transporter les réfugiés syriens de la Hongrie vers l'Allemagne, si Budapest et Berlin sont d'accord.

Tension en Hongrie

La situation s'est encore tendue en Hongrie, pays qui a vu arriver quelque 3300 nouveaux migrants pour la seule journée de jeudi, un nouveau record, selon le HCR.

Quelque 300 migrants se sont évadés du camp de premier accueil de Röszke, près de la frontière serbe, poussant Budapest à fermer provisoirement et partiellement ce poste-frontière autoroutier. Par ailleurs, environ 1200 migrants ont décidé de partir à pied de la gare de Budapest «pour l'Autriche», distante de 175 km.

Réagissant à cet exode, le gouvernement hongrois a décidé de mobiliser des cars pour transporter les migrants vers l'Autriche. Pendant la nuit, des bus vont être amenés à la gare de Keleti (à Budapest, ndlr) et sur l'autoroute M1» pour les conduire «jusqu'au poste-frontière de Hegyeshalom», a déclaré le chef de cabinet du Premier ministre Viktor Orban.

«Cela ne veut pas dire automatiquement qu'ils pourront quitter le pays. Nous attendons la réponse du gouvernement autrichien», a-t-il toutefois précisé.

En fin d'après-midi, un demi-millier de migrants, qui refusaient jusque-là de quitter un train bloqué depuis jeudi à Bicske, près de Budapest, ont accepté de sortir du convoi et de rejoindre un camp d'accueil. Un Pakistanais de 51 ans est mort dans des circonstances non encore élucidées dans cette zone.

Lois durcies

Dans ce contexte, le Parlement hongrois a renforcé sa législation anti-migrants, qui étend notamment les possibilités de déploiement de l'armée aux frontières et rend l'immigration illégale passible d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison. Il a même décrété l'«état de crise», une disposition précédant l'état d'urgence et accordant des prérogatives accrues aux pouvoirs publics.

Face à cette crise, la Commission européenne va proposer aux Vingt-Huit de partager l'accueil de 120'000 réfugiés arrivés récemment en Grèce, en Hongrie et en Italie. Un effort immédiatement jugé insuffisant par le HCR, qui a demandé aux Européens de se partager l'accueil d'au moins 200'000 personnes.

Par ailleurs, de 30 à 40 migrants sont décédés vendredi dans un nouveau naufrage au large de la Libye, a souligné l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). (ats)

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