Procès: L'évasion spectaculaire d'Antonio Ferrara jugée à Paris

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ProcèsL'évasion spectaculaire d'Antonio Ferrara jugée à Paris

Les balles pleuvent sur les miradors de la maison d'arrêt de Fresnes, une forte explosion détruit la porte d'entrée, des voitures brûlent. Le 12 mars 2003, un commando équipé d'armes de guerre libère Antonio Ferrara.

Pour cette action, le braqueur et 21 de ses complices présumés vont comparaître à partir de jeudi devant la cour d'assises de Paris.

Dans la cellule au quartier disciplinaire, les enquêteurs ont retrouvé un pain d'explosif sur lequel figurent un numéro de téléphone, un détonateur et un téléphone portable. Ce dernier permettra non seulement aux enquêteurs de remonter rapidement à ses complices, mais également d'installer une vaste surveillance autour des proches de l'évadé qui sera repris moins de quatre mois plus tard, le 10 juillet 2003, dans un bar du XIIe arrondissement de la capitale. «Encore vous?», lancera Ferrara aux policiers venus l'interpeller.

Le procès de cette évasion, digne d'un film d'action, doit se tenir à partir de jeudi et jusqu'au 28 novembre, devant la cour d'assises de Paris présidée par Janine Drai. Un dispositif de sécurité exceptionnel sera mis en place au Palais de justice de Paris pour éviter une troisième évasion d'Antonio Ferrara, 34 ans, un spécialiste reconnu du maniement d'explosifs.

A ses côtés, comparaîtront notamment son frère Diego et d'autres amis de longue date, tous originaires du Val-de-Marne, mais aussi son ancien avocat Me Karim Achoui, soupçonné d'avoir donné le top départ, et un ancien maton de la maison d'arrêt accusé d'avoir servi de relais entre le détenu et ses libérateurs, mais aussi de lui avoir transmis du matériel.

Antonio Ferrara, surnommé «Nino» ou «le Petit», ne mesure que 1,67m et est issu d'une famille d'immigrés italiens de sept enfants. Il est réputé pour avoir mis en place un savant dosage d'explosifs qui permet d'attaquer les fourgons blindés sans que les billets ne partent en fumée.

A son casier se trouvent déjà une condamnation à cinq ans d'emprisonnement pour une précédente évasion de Fleury-Mérogis (Essonne), où il est de nouveau détenu aujourd'hui, onze ans de réclusion pour le braquage d'un fourgon de la Brink's à Gentilly (Val-de-Marne), huit ans pour un meurtre commis en 1996 et huit ans pour un vol avec arme commis en 1997.

Au cours de l'enquête, il a toujours gardé un mutisme complet, mais les juges d'instruction de Créteil -le procès a été dépaysé à Paris pour des raisons de sécurité- ont réussi à établir qu'il n'a pas quitté la France au cours de sa cavale et qu'il a même passé trois semaines sur la Côte d'Azur où il a fréquenté bars et boîtes de nuits avec des amis sous le pseudonyme de «Max».

L'importante téléphonie a permis aux enquêteurs de localiser la plupart de ses complices. L'accusation estime aujourd'hui qu'une dizaine d'hommes ont été directement présents à Fresnes (Val-de-Marne). Une partie du commando composé d'»artificiers» a fait sauter le portail métallique non blindé situé à l'arrière de la prison pendant que d'autres ont arrosé deux miradors à l'aide de fusils d'assaut de type Kalachnikov.

La première porte effacée, les «artificiers» ont fait sauter le «sas de livraison» puis une autre porte pour arriver dans la cour où se trouve le quartier disciplinaire. La cellule de Ferrara était au rez-de-chaussée. Celui-ci, à l'aide d'explosifs, a fait sauter ses barreaux. Une fois Ferrara «extrait», le commando a quitté les lieux en ouvrant le feu alors qu'arrivaient les policiers rapidement alertés.

Pour ces faits qualifiés de «destruction de biens par explosifs en bande organisée» et «complicité de tentative d'assassinat» sur les matons dans les miradors, Antonio Ferrara encourt la réclusion criminelle à perpétuité. (ap)

Chronologie

12 mars 2003: un commando puissamment armé aide Antonio Ferrara à s'évader de la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) en faisant sauter le portail métallique extérieur, puis deux autres portes situées dans les murs d'enceinte pour arriver au quartier disciplinaire et à la cellule qu'il occupe.

10 juillet 2003: Antonio Ferrara est arrêté dans un bar du XIIe arrondissement de la capitale, près du Palais omnisports de Bercy, en compagnie de deux complices.

23 octobre 2003: la cour d'appel de Paris condamne Ferrara à cinq ans d'emprisonnement pour une évasion de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) en août 1998.

28 novembre 2005: Me Karim Achoui, l'un des avocats de Ferrara, est mis en examen pour complicité dans l'évasion de Fresnes.

22 décembre 2006: la cour d'assises de Paris condamne Antonio Ferrara et Joseph Menconi à onze années de réclusion criminelle pour avoir participé au braquage d'un fourgon de la Brink's en décembre 2000 à Gentilly (Val-de-Marne).

22 juin 2007: Me Karim Achoui fait l'objet d'une tentative d'assassinat en sortant de son cabinet parisien, boulevard Raspail. Grièvement blessé par balles, l'avocat accuse un policier d'avoir commandité son assassinat.

2 octobre 2008: ouverture du procès d'Antonio Ferrara, de Karim Achoui et de 19 autres hommes devant la cour d'assises de Paris qui doit juger l'évasion de Fresnes.

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