Actualisé 24.06.2013 à 09:51

Pakistan

L'ex-président Musharraf doit être jugé pour trahison

Le Premier ministre Nawaz Sharif a estimé lundi que l'ancien président, actuellement en résidence surveillée, devrait être répondre de haute trahison, dans un discours devant le parlement.

Nawaz Sharif a exprimé ses sentiments devant le Pakistan.

Nawaz Sharif a exprimé ses sentiments devant le Pakistan.

M. Musharraf, au pouvoir entre 1999, lorsqu'il avait déposé M. Sharif, et 2008, est accusé d'être impliqué dans plusieurs meurtres et d'abus de pouvoir à l'époque où il dirigeait le pays.

La perspective d'un tel procès historique pourrait tendre les rapports entre M. Sharif, revenu récemment au pouvoir après les élections générales de mai dernier, et les militaires, toujours très puissants dans le pays. De plus, jamais un ancien chef de l'armée pakistanaise n'avait été jugé jusqu'ici.

Le général Musharraf, qui fut poussé vers la sortie en 2008 notamment sous la pression des juges, avait été arrêté le 19 avril, quelques semaines après son retour de plus de quatre ans d'exil entre Londres et Dubaï.

La justice lui reproche d'avoir violé la Constitution en renvoyant illégalement des juges qui contestaient son pouvoir en 2007, et d'être impliqué dans les meurtres de l'ancien Premier ministre Benazir Bhutto en décembre 2007, et d'Akbar Bugti, chef de la rébellion indépendantiste du Baloutchistan (sud-ouest), en août 2006.

Lundi, Nawaz Sharif a affiché sa détermination à voir celui qui l'avait renversé sans effusion de sang en 1999 répondre devant la justice des violations de la Constitution dont il est accusé sous son règne, de son coup d'Etat au renvoi illégal de juges.

Longue procédure

«Violer la Constitution est un acte de haute trahison. Le gouvernement fédéral estime que quiconque se rend coupable d'une telle violation doit être traduit en justice», a déclaré M. Sharif devant le Parlement.

«M. Musharraf a violé la Constitution par deux fois. Il a renversé un gouvernement élu en 1999, menaçant l'ensemble de l'édifice. Et il a renvoyé et emprisonné des juges (...). Il devra répondre de sa culpabilité devant un tribunal. Nous suivrons la procédure judiciaire et toutes les forces politiques en seront informées», a-t-il souligné.

Le Premier ministre a évoqué le cas de M. Musharraf avec le procureur général, qui a été dans le même sens que lui et préconisé un procès en s'exprimant lundi devant la Cour suprême. Au Pakistan, seul l'Etat peut engager un procès pour haute trahison.

Mais un tel processus, s'il va au bout, prendra au minimum plusieurs semaines, voire des mois en raison des diverses étapes judiciaires nécessaires et des lenteurs du système, sans compter le côté sensible du dossier.

Possible arrangement

Bien que formellement arrêté à la mi-avril, M. Musharraf n'a pas été mis en prison mais placé en résidence surveillée dans sa luxueuse ferme des environs d'Islamabad, un égard vu comme une concession de la justice à la puissante armée qui, selon certaines sources, refusait de voir un de ses anciens chefs mis pour la première fois en prison.

Depuis, M. Musharraf ne pouvait quitter le pays, mais ses partisans espéraient pouvoir lui rendre sa liberté de mouvement en obtenant une libération sous caution. Ces dernières semaines, des rumeurs avaient fait état d'un possible arrangement politico-judiciaire qui pourrait permettre à M. Musharraf de retourner librement en exil.

Le gouvernement de transition au pouvoir pendant les semaines qui ont précédé les élections du 11 mai avait refusé de faire traduire l'ex-président devant la justice, estimant que cela outrepassait son mandat. (ats)

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