Actualisé 15.10.2012 à 04:17

Chine

L'ex-roi du Cambodge est décédé

Norodom Sihanouk est mort lundi à Pékin à l'âge de 89 ans. Il avait marqué l'histoire de la deuxième partie du XXe siècle et restait vénéré dans son pays après en avoir maintenu l'unité malgré les décennies de guerre.

L'ancien Premier ministre, chef de l'Etat et monarque est décédé dans un hôpital de Pékin, lundi matin vers 02h00 (20h00 dimanche en Suisse). Son corps sera ramené à Phnom Penh, a indiqué le gouvernement cambodgien. L'ex-roi est mort «d'une crise cardiaque», a précisé l'aide personnel de Sihanouk, le prince Sisowath Thomico.

L'ancien souverain était souvent dans la capitale chinoise depuis quelques années pour y suivre des traitements contre des cancers, du diabète et de l'hypertension. Celui dont le règne a été l'un des plus longs d'Asie avait abdiqué en octobre 2004 en faveur de son fils Sihamoni, invoquant son âge et des raisons de santé.

Longue vie

L'ancien monarque utilisait régulièrement son site Internet pour s'exprimer sur sa santé et sur la politique. En octobre 2009, il révélait avoir vécu trop longtemps et espérer mourir dès que possible. «Cette trop longue longévité me pèse comme un poids insupportable», écrivait-il.

Deux ans plus tard, à l'occasion des vingt ans de son retour d'exil, il promettait à la foule de ne plus quitter son pays. Mais en janvier 2012, il se rendait à nouveau en Chine pour un énième bilan de santé.

«Grand dirigeant»

En janvier dernier, il indiquait vouloir être incinéré et que ses cendres soient conservées au palais royal de Phnom Penh. Hasard de l'Histoire, son décès survient au dernier jour des festivités de Pchum Ben au cours desquelles les Cambodgiens se retrouvent en famille et honorent les ancêtres.

En dépit d'un parcours tumultueux et après des changements de caps majeurs de la part du monarque, «je suis sûr qu'il sera considéré officiellement comme ayant été un grand dirigeant», analyse l'historien australien Milton Osborne. «Les moments les plus difficiles de son bilan» seront laissés sous silence.

Monarchie incontestée

Le pays ne devrait d'ailleurs connaître aucune instabilité politique. Il est tenu par le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1985, et accusé par ses détracteurs d'avoir muselé l'opposition.

La monarchie, sans grand pouvoir, ne souffre pour autant aucune contestation et survivra à Sihanouk. «A première vue il n'y a pas de raison d'être inquiet car la transition est déjà faite avec Sihamoni, le monarque en exercice», a dit il y a quelques jours l'historien français Hugues Tertrais.

Trône vacant

Né le 31 octobre 1922, Norodom Sihanouk a été couronné roi en 1941, à 18 ans, par les autorités coloniales françaises. Il conduit alors le Cambodge à l'indépendance en 1953, sans effusion de sang.

Deux ans plus tard, il abdique en faveur de son père pour devenir Premier ministre. A la mort du roi, en 1960, il devient chef de l'Etat mais préfère laisser le trône vacant et se contenter du titre de «prince».

Réfugié en Chine

En mars 1970, en pleine guerre du Vietnam, Sihanouk est chassé du pouvoir par le putsch pro-américain du général Lon Nol. Réfugié cinq ans en Chine, il revient à Phnom Penh en 1975 comme chef d'Etat symbolique du Cambodge, quelques mois après la prise du pouvoir des Khmers rouges.

L'année suivante, il est contraint à la démission par les Polpotistes et passe près de deux ans et demi en résidence surveillée dans le Palais Royal. Sa captivité s'achèvera juste avant l'arrivée des troupes vietnamiennes à Phnom Penh qui marque la fin du régime khmer rouge.

Monarque constitutionnel

Il prend alors la tête de la résistance multipartite cambodgienne contre le régime pro-vietnamien de Phnom Penh jusqu'aux Accords de paix de Paris en octobre 1991. Ceux-ci aboutiront en septembre 1993 à sa consécration comme monarque constitutionnel qui «règne mais ne gouverne pas».

Il s'est marié six fois. Sa dernière épouse, Monique Izzi, est un ancienne mannequin d'origine italienne et cambodgienne. L'héritier des bâtisseurs d'Angkor a eu quatorze enfants, dont cinq tués sous les Khmers rouges. L'homme était également poète et compositeur.

(ats)

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