Actualisé 14.09.2012 à 14:13

UBS

L'ex-trader a semé le «chaos» pour son ego

Deuxième jour de procès pour l'ex-trader de l'UBS KWeku Adoboli. Le procureur a ainsi mis en avant les motivations très personnelles du criminel en col blanc.

L'ex-trader d'UBS Kweku Adoboli, jugé à Londres pour une fraude ayant coûté quelque 2 milliards de dollars (1,85 milliard de francs) au numéro un bancaire suisse, a causé le «chaos» pour augmenter son bonus et satisfaire son «ego», a accusé le procureur.

Kweku Adoboli est jugé car il a fait perdre à sa banque ces milliards de dollars en les «perdant frauduleusement au jeu», a dit Sasha Wass devant le tribunal de Southwark. Le procès, ouvert lundi, est entré dans le vif du sujet vendredi pour la deuxième audience.

«Il a fait tout cela en dépassant ses limites de courtage, en inventant des opérations fictives pour le dissimuler et a ensuite menti à ses supérieurs», a-t-elle ajouté, en s'adressant au jury de douze personnes.

Faire progresser son bonus

«Les motivations de M. Adoboli étaient de faire progresser son bonus, son statut au sein de la banque, ses perspectives de carrière et bien sûr son ego», a-t-elle affirmé. Son bonus annuel était passé de 15'000 livres en 2008 à 95'000 en 2009 et 250'000 en 2010, a souligné l'accusation.

«Comme la plupart des joueurs, il pensait qu'il avait la main heureuse. Comme la plupart des joueurs, quand il a perdu, il a causé le chaos et un désastre pour lui et les gens autour de lui», a encore dit le procureur.

«M. Adoboli a cessé d'agir comme un banquier d'investissement professionnel (...) Il est devenu ce que l'on qualifie parfois de trader voyou (rogue trader)», a-t-elle estimé.

Sasha Wass a précisé que les transactions non autorisées du trader ont retranché 10%, soit 4,5 milliards de dollars, à la capitalisation boursière d'UBS. Et il a risqué de perdre jusqu'à 12 milliards en investissements non couverts, ce faisant «il a mis en péril l'existence même de l'établissement», selon elle.

Jusqu'à dix ans de prison

Agé de 32 ans, Kweku Adoboli est actuellement libre sous contrôle judiciaire depuis juin, sous la surveillance d'un bracelet électronique, après avoir passé neuf mois derrière les barreaux. Vêtu d'un costume gris et d'une cravate pourpre, il a assisté à son procès au côté de ses avocats, comme l'avait autorisé le juge Brian Keith, et non sur le banc des accusés encadré d'une paroi de verre.

Poursuivi pour «abus de position» et «fraudes comptables», il risque jusqu'à dix ans de prison. Il plaide non coupable.

Fils d'un fonctionnaire ghanéen des Nations unies à la retraite, Kweku Adoboli avait fait un parcours apparemment sans faute au sein d'UBS, où il travaillait depuis 2006 au département des ETF (»Exchange Traded Funds», produits financiers complexes adossés à l'évolution d'un indice boursier). Avant qu'il ne soit arrêté en pleine nuit le 15 septembre 2011, dans son bureau de la City.

Ses agissements avaient débuté en octobre 2008. Selon des éléments cités à l'audience, il avait parié sur la baisse du marché mais avait essuyé des pertes à cause d'un rebond après un vote de confiance en Grèce. Ayant changé de stratégie pour couvrir sa position, il avait vu ses pertes s'accroître quand les marchés étaient pénalisés par l'aggravation de la crise en zone euro à l'été 2011.

«Besoin d'un miracle»

Le trader avait assuré que ses opérations étaient couvertes avant de finalement admettre, dans un email daté du 14 septembre, l'ampleur de ses pertes. «Je prends toute la responsabilité de mes actions et de la tempête qui va en résulter», y écrivait-il, se disant «profondément désolé» d'avoir «mis (sa) banque et (ses) collègues en danger».

Alors que ses prises de positions avaient atteint des sommes astronomiques, M. Adoboli s'était écrié sur sa page Facebook, quelques jours avant son arrestation: «J'ai besoin d'un miracle».

Son cas ressemble à celui de Jérôme Kerviel, le trader français qui avait fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale en 2008 avec des transactions non autorisées. (ats)

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