Actualisé 04.07.2011 à 19:04

Centrale de FessenheimL'exploitation peut durer encore dix ans

La centrale nucléaire de Fessenheim, en France, pourra poursuivre ses activités, pour autant que des rénovations soient effectuées.

La centrale nucléaire française de Fessenheim soulève la polémique jusqu'en Suisse.

La centrale nucléaire française de Fessenheim soulève la polémique jusqu'en Suisse.

La centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim, doyenne des installations en activité en France, peut être exploitée pendant encore dix ans, estime l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cette dernière reconnait toutefois que l'audit post-Fukushima pourrait changer la donne.

Dans le cadre des évaluations menées après Fukushima, dont les conclusions sont attendues pour la fin de l'année, «nous poserons des questions plus extrêmes et il peut y avoir des conclusions plus extrêmes», a prévenu le président de l'ASN, André-Claude Lacoste.

Mais au vu du rapport de suivi décennal auquel sont soumis tous les réacteurs français, le réacteur numéro 1 de Fessenheim «est apte à être exploité pour une durée de dix années supplémentaires à condition de respecter un certain nombre de prescriptions», a-t-il déclaré lundi lors d'une conférence de presse à Paris.

Le patron de l'ASN a précisé que cette décision était le résultat de «sept années d'études» antérieures à l'accident de la centrale japonaise de Fukushima, consécutif au tsunami géant du 11 mars.

«Cet avis ne vaut pas prolongation», a réagi la ministre française de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. «Ce rapport est une étape nécessaire (...), mais en l'occurrence, (pour) Fessenheim, ce serait une mauvaise interprétation que d'en conclure que 'ça y est, le gouvernement a décidé de prolonger pour dix ans'», a-t-elle dit.

L'avis de l'ASN a été accueilli avec déception et ironie par les militants anti-nucléaires alsaciens. «C'est incohérent. Elle est sûre ou elle n'est pas sûre cette centrale? C'est quoi cette histoire?» s'est par exemple emporté Jean-Marie Brom, physicien au CNRS et porte-parole du réseau «Sortir du nucléaire».

«Ce qui est extraordinaire, c'est qu'on nous dit que des travaux sont nécessaires, mais en attendant la centrale a quand même le droit de continuer», a-t-il lancé.

Déception en Suisse

En Suisse, la déception prédomine parmi les réactions. Les autorités de Bâle-Ville sont «toujours inquiètes» par le danger que Fessenheim représente pour la région, a déclaré lundi à l'ats Anne Lévy, directrice de la division de protection sanitaire au Département cantonal de la santé.

En mars dernier, les gouvernements des deux Bâles avaient demandé l'arrêt provisoire de la centrale jusqu'à la fin de son inspection.

Le ton est critique du côté du Jura, qui s'était joint aux exigences bâloises. Le président du gouvernement Philippe Receveur a qualifié de prématurée et de précipitée la décision que l'ASN. Il a assuré que le canton du Jura ne baisserait pas les bras: «nous allons relancer le dossier avec l'appui de la Confédération».

Critiques des Verts français

Les écologistes français ont également déploré la décision de l'ASN. Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-les Verts (EELV) a fustigé l'»obstination» de l'ASN, «d'autant plus surprenante que les voisins suisses et allemands ont pris la mesure du risque nucléaire».

Eva Joly, candidate à la primaire d'EELV pour la présidentielle en France, a dénoncé «l'arrogance nucléaire française». Elle a relevé que l'ASN «préfère choisir le moins-disant sécuritaire».

Parmi les prescriptions techniques, l'ASN cite le renforcement, avant le 30 juin 2013, du radier, la dalle de béton sur laquelle a été construit le réacteur «afin d'augmenter sa résistance au corium en cas d'accident grave avec percement de la cuve».

Le corium est un mélange de combustible et de matériau de gaines de combustibles qui se forme en cas de fusion du coeur du réacteur si le refroidissement est insuffisant.

En service depuis 1977, la centrale de Fessenheim, dotée de deux réacteurs nucléaires d'une puissance de 900 mégawatts chacun, est particulièrement décriée par les écologistes qui réclament à l'unisson sa fermeture. De nombreuses organisations alsaciennes dénoncent la vétusté des installations, s'inquiétant surtout des risques sismiques dans la région. (afp)

Bâle réagit

Les autorités de Bâle-Ville restent convaincues que la centrale de Fessenheim, en Alsace voisine, doit être débranchée. Cette exigence contredit l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN), qui estime que le plus ancien des réacteurs atomiques du territoire pouvait rester actif 10 ans encore.

Bâle-Ville est «toujours inquiétée» par le danger que Fessenheim représente pour la région bâloise, a déclaré lundi à l'ats Anne Lévy, directrice de la division de protection sanitaire au département cantonal de la santé.

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