Actualisé 26.02.2019 à 18:59

«Comme en plein été»

L'hiver perd le nord en ce mois de février

De nombreux records de chaleur sont tombés ces deux derniers jours à travers l'Europe. A La Dôle (VD), la précédente marque a été pulvérisée mardi matin.

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Les températures étaient clémentes mardi matin au sommet de La Dôle (VD).

Les températures étaient clémentes mardi matin au sommet de La Dôle (VD).

Keystone

Records de chaleur battus en Suisse et au Royaume-Uni, printemps précoce sur la Scandinavie mais neige en Turquie et en Grèce: la météo est sens dessus dessous en Europe en ce mois de février.

En Suisse, des températures extrêmement élevées sont enregistrées en moyenne montagne depuis le début de semaine. A La Dôle, dans le Jura vaudois, le record de chaleur pour un mois de février a été pulvérisé mardi matin. Vers 11h, 14.1°C ont été enregistrés à la station météo située à 1677m d'altitude, dépassant de plus de 2°C la précédente marque qui datait du 12 février 1998 (11,8°C), indique MétéoSuisse sur son site.

Les records sont également tombés au Mont Cimetta (Ti) avec 15,9°C et à Zermatt avec 13,7°C, soit un peu plus que la précédente valeur qui datait de près de 60 ans, selon Olivier Codeluppi, de l'agence météorologique. «Ces records sont homologués sur la base de données collectées durant plusieurs dizaines d'années», précise le spécialiste. Et ce n'est pas fini. Il devrait en effet faire encore plus chaud mercredi. «On pourrait encore grappiller quelques dixièmes de degrés», prédit-il.

Températures maximales prévues pour mercredi (Source: MétéoSuisse)

Été au Royaume-Uni

Une bonne partie de l'Europe connaît aussi un temps inhabituel depuis plusieurs jours. Au Royaume-Uni, la barre des 20°C a été franchie pour la première fois en cette saison. Le mercure a atteint 20,6°C à Trawsgoed lundi puis 20,8°C à Porthmadog mardi, deux localités du Pays de Galles. «C'est du jamais vu (...) Au Pays-de-Galles, 20,6°C c'est vraiment comme en plein été», commente Étienne Kapikian, prévisionniste à Météo-France.

Les températures sont également printanières en Scandinavie, avec un record pour février battu samedi à Kvikkjokk en Suède (9,1°C) près du cercle polaire ou encore 17,8°C à Linge en Norvège, pas loin du record national, selon Météo-France.

Mais au même moment, le thermomètre ne dépassait pas les 5°C à Lecce en Italie ou 3°C à Thessalonique en Grèce, où il a neigé le week-end dernier, tout comme dans le nord-ouest de la Turquie.

Thessalonique sous la neige (Source: Sakis Mitrolodis/AFP)

Des flux sud-nord

Cette situation «est liée à la circulation atmosphérique qui s'est mise en place ce week-end et qui perdure en ce début de semaine», explique Étienne Kapikian à l'AFP, décrivant des basses pressions sur l'Atlantique et l'est de l'Europe, qui encadrent un puissant anticyclone sur l'Europe de l'Ouest. «Cette succession basses pressions-hautes pressions-basses pressions s'accompagne d'échanges de masses d'air dans des directions nord-sud», ajoute le prévisionniste.

Ainsi, sur la façade atlantique, l'air chaud remonte du sud, provoquant les températures printanières, et à l'est, l'air froid venu du cercle polaire redescend vers les Balkans et la Méditerranée centrale, provoquant aussi des «anomalies thermiques» et de la neige.

Côté est, le froid se calme mais «ça ne se calme pas niveau douceur sur l'Europe de l'Ouest», indique encore Etienne Kapikian.

Signe du changement climatique ?

«Ce qui nous voyons en Grande-Bretagne, avec plus de 20°C en hiver pour la première fois, c'est ce qu'on s'attend à voir avec le réchauffement climatique», indique à l'AFP Friederike Otto, chercheuse au Environmental Change Institute d'Oxford. «Le fait que le printemps commence beaucoup plus tôt est l'un des signes évidents du changement climatique», ajoute-t-elle, n'allant pas jusqu'à lier formellement les deux, sans analyse plus précise.

De manière générale, les scientifiques sont réticents à attribuer au seul dérèglement climatique la survenue d'un événement météo extrême quel qu'il soit. Toutefois, de plus en plus de recherches sont conduites pour déterminer a posteriori si un événement aurait pu se produire dans un monde non soumis au changement climatique causé par les activités humaines.

«Anomalie chaude compensée quelque part»

Fin juillet dernier, le World Weather Attribution, réseau dont le Dr Otto fait partie, avait même estimé, ayant lancé des calculs sans attendre la fin de la canicule, que la vague de chaleur exceptionnelle qui touchait l'Europe était un «signe sans ambiguïté» du réchauffement.

«Nous avons eu un été tardif inhabituel cet automne et maintenant le printemps commence plus tôt (...). C'est lié au réchauffement de la planète qui augmente fortement la probabilité d'une telle chaleur», commente de son côté Dim Coumou, du Postdam Institute for Climate Impact Research (PIK). «On peut penser qu'il est très plaisant d'avoir ce temps si tôt dans la saison, mais (si ces anomalies) se produisent au milieu de l'été, cela peut avoir des impacts importants sur la société», ajoute-t-il à l'AFP.

Les chercheurs sont plus prudents quant à la responsabilité du changement climatique sur la circulation atmosphérique responsable des températures plus rigoureuses à l'est.

«Quand il y a une forte anomalie chaude quelque part, c'est souvent compensé par une anomalie froide», commente Etienne Kapikian.

(mst/afp)

Retour à des valeurs de saison

L'anticyclone présent sur l'Europe se maintiendra jusqu'à mercredi, puis un courant d'ouest gagnera nos régions, entraînant une succession de perturbations la semaine prochaine. Les températures devraient être plus de saison, à l'occasion de l'arrivée du printemps météorologique, le premier mars. Une baisse de 5 à 6 degrés est attendue en moyenne montagne, selon Olivier Codeluppi.

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