Actualisé 01.11.2015 à 15:31

BerlinL'homme qui a précipité la chute du mur est mort

Sa mort intervient quelques jours avant le 26e anniversaire de l'ouverture de la frontière qui a coupé Berlin en deux.

Günter Schabowski en 2004.

Günter Schabowski en 2004.

Quelques mots improvisés l'ont fait entrer dans l'histoire: Günter Schabowski, le responsable est-allemand qui a précipité la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, est mort dimanche à l'âge de 86 ans. L'ancien journaliste puis porte-parole du comité central du SED, le parti communiste dirigeant en ex-Allemagne de l'Est, s'est éteint dans la capitale réunifiée du pays, a annoncé sa veuve à l'agence DPA.

Sa mort est survenue quelques jours avant le 26e anniversaire de l'ouverture, dans la confusion et l'euphorie, de la frontière qui a coupé Berlin en deux pendant 28 ans et marqué l'épicentre de la Guerre froide. «Je ne me qualifierais pas de héros qui a ouvert la frontière: en réalité, j'ai agi pour tenter de sauver le système de la RDA», confiait Günter Schabowski en 2009, revenant sur les quelques minutes qui ont fait basculer l'Allemagne.

Voix monocorde

Le 9 novembre 1989, après des mois de manifestations massives, le secrétaire général du SED (Parti socialiste unifié) Egon Krenz informe les principaux dirigeants du régime qu'une nouvelle législation sur les voyages à l'étranger vient d'être adoptée.

Günter Schabowski, qui énumère face aux médias internationaux les dernières décisions du régime, attend la fin de son point presse pour annoncer l'ouverture des frontières, espérant «éviter les questions». A 18h53, il sort de sa poche et lit d'une voix monocorde un document annonçant que des visas pour voyager ou émigrer à l'étranger seront délivrés «sans conditions particulières ou raisons familiales».

«A partir de quand?»

Schabowski bafouille puis improvise: «autant que je sache... immédiatement, sans délai». Plusieurs correspondants de presse bondissent hors de la salle et l'information crépite sur les fils des agences: «Les Allemands de l'Est peuvent se rendre à l'étranger dès maintenant».

Une fois la nouvelle diffusée à la radio, la foule afflue devant le poste-frontière de la Bornholmer Strasse, qui relie Berlin-Est à Berlin-Ouest. Mais les garde-frontières, désorientés, ne savent pas s'ils doivent les laisser passer.

A 22h42, la télévision publique de l'Ouest annonce: «Ce 9 novembre est un jour historique. Les portes du Mur sont grandes ouvertes». A 23h30, sur Bornholmer Strasse, un officier finit par donner l'ordre: «Ouvrez la barrière!»

«Traître»

La foule se précipite vers Berlin-Ouest. Allemands de l'Est et de l'Ouest, euphoriques, tombent dans les bras les uns des autres. Le Mur s'écroule en quelques jours, précipitant l'effondrement du régime est-allemand.

Pourtant Günter Schabowski n'avait rien prévu de tel. «Le 9 novembre, j'étais encore un communiste convaincu», confiait-il vingt ans plus tard à des journalistes étrangers. «Ouvrir le Mur n'a pas été une décision humaniste mais tactique, prise sous la pression de la population. L'existence de la RDA était en danger. Entre 300 et 500 personnes fuyaient chaque jour au-delà des frontières, c'était l'hémorragie. Nous devions faire quelque chose pour nous rendre populaires», expliquait-il.

Schabowski, considéré comme un «traître» par les plus fervents de ses anciens camarades et qualifié de «repenti tardif» par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, est l'un des rares dirigeants est-allemands à s'être distancié du régime.

Gracié

Né le 4 janvier 1929 à Anklam (nord) d'un père plombier et d'une mère femme de ménage, il a écrit pendant près de 20 ans dans un journal syndical avant de gravir tous les échelons du SED, jusqu'à intégrer en 1984 son bureau politique.

A l'automne 1989, il avait été le seul membre du Politbüro à aller à la rencontre des manifestants qui, après avoir défilé dans les rues de Leipzig aux cris de «Nous sommes le peuple!», furent plus d'un demi-million sur l'Alexanderplatz de Berlin-Est, le 4 novembre.

Jugé en 1997 pour sa responsabilité dans les tirs sur les fugitifs tentant de franchir le Rideau de fer, dans le dernier grand procès des ex-dirigeants de RDA, il avait reconnu sa «responsabilité morale» et demandé pardon aux victimes. Incarcéré fin 1999, il avait été gracié moins d'un an plus tard. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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