Actualisé 12.10.2014 à 13:47

GenèveL'homme qui a voulu tuer son épouse prend 11 ans

Le verdict est tombé. Le gérant de fortune et ses complices ont tous été reconnus coupable.

de
Marine Guillain
Me Bonnant en compagnie de sa cliente, la victime, lors de l'ouverture du procès le 30 septembre dernier.

Me Bonnant en compagnie de sa cliente, la victime, lors de l'ouverture du procès le 30 septembre dernier.

Les juges du tribunal criminel de Genève ont rendu leur décision, vendredi après-midi. Le quinquagénaire qui avait commandité l'assassinat de sa femme (lire plus bas) a écopé de 11 ans de prison. L'agresseur devra lui aussi passer 11 ans derrière les barreaux. Son cousin, qui l'avait véhiculé sur les lieux du crime, a écopé de 7 ans, tout comme l'intermédiaire qui avait mis tout le monde en relation.

La tentative de meurtre a été jugée durant 10 jours au tribunal criminel. Lundi, le procureur Johan Droz avait requis une peine de prison de 18 ans à l'encontre du gestionnaire de fortune de 57 ans. Il avait aussi demandé aux juges de se montrer intransigeants à l'encontre des complices qui avaient participé à la machination: il avait réclamé 16 ans pour l'agresseur, qui avait frappé et étranglé longuement sa victime, et 15 ans pour son cousin, qui l'avait véhiculé. Le magistrat n'avait requis qu'une peine de 13 ans de prison à l'encontre de l'intermédiaire chargé de trouver un tueur: ce prévenu avait collaboré à l'enquête et avait avoué l'intention d'homicide.

« Lorsqu'on a des doutes, il faut acquitter»

«Le Ministère public est satisfait du verdict de culpabilité, a déclaré Johan Droz vendredi, à la sortie du tribunal. L'écart par rapport aux peines requises est par contre trop grand à nos yeux. C'est certainement parce que la victime n'est pas morte». Le Parquet a 10 jours pour faire appel. Les peines de l'intermédiaire et du cousin de l'agresseur ont été diminuées environ de moitié. «Le Tribunal a donc eu des doutes, relève Me Timothée Bauer, avocat du second. Et lorsqu'on a des doutes, il ne faut pas diminuer la peine: il faut acquitter!»

Me Jacques Barillon, qui défend le mari, s'est montré scandalisé du fait que la responsabilité restreinte de son client n'ait pas été prise en compte: «Il a été diagnostiqué déprimé, le tribunal ne peut balayer les analyses comme cela! Nous allons faire appel, et nous allons gagner!» Me Bonnant a pour sa part relevé que «la partie plaignante n'était jamais ravie de voir des gens mis en prison. Mais je suis content que les juges n'aient pas pris en compte les analyses psychiatriques», a ajouté avec un clin d'œil celui qui a invoqué son mépris envers les psychiatres tout au long du procès.

Rappel des faits

Février 2012. Un homme agresse une mère de famille de 46 ans dans son jardin. Il la frappe puis l'étrangle jusqu'à ce quelle s'évanouisse, avant de prendre la fuite. Le mari de la victime se retrouve rapidement dans le viseur des enquêteurs. Il est accusé d'avoir mandaté un tueur pour se débarrasser de son épouse, avec qui il est en instance de divorce. L'homme avouera un an plus tard, mais assurera s'être ravisé et avoir donné un contrordre avant que le crime ne se produise. Selon ses dire, il aimait et haïssait sa femme à la fois. Cela le rendait fou de la voir s'éloigner de lui, car elle en aimait un autre. Mais il avait ensuite retrouvé le bonheur avec une nouvelle femme, allait être à nouveau papa, et ses envies de meurtre lui avaient passé. Pourtant, l'agression a eu lieu. Le mari, l'agresseur et son cousin ont été placé en détention en juillet 2012. Pour sa part, l'intermédiaire avait été mis en liberté provisoire depuis 18 mois en attente du jugement, après avoir livré des informations.

Le ténor du barreau a ses fans

La plaidoirie de Me Bonnant avait attiré la foule, lundi après-midi. Avocats, étudiants en droit et large public avaient fait la queue, déjà plus d'une demi-heure avant le début de l'audience. Quelque cinquante personnes n'avaient pas pu entrer dans la salle, d'une capacité de 241 places. «J'étais clairement déçu, on ne pensait pas qu'il y aurait autant de monde un lundi après-midi, regrette Ismaël, 22 ans. Les spectateurs ont aussi été nombreux les autres jours du procès, sans pour autant faire salle comble.

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