Rougemont (VD): L'hôtel taxe le chien qui assiste son client aveugle
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Rougemont (VD)L'hôtel taxe le chien qui assiste son client aveugle

Un quadragénaire a dû payer 30fr. pour que son guide à quatre pattes soit accepté par un établissement hôtelier. Le patron a tenté de rectifier le tir.

par
apn
Les chiens-guides ne sont pas les bienvenus dans tous les établissements publics.

Les chiens-guides ne sont pas les bienvenus dans tous les établissements publics.

Moritz Hager

Éric et son amie avaient prévu de passer un week-end en amoureux dans un hôtel quatre étoiles supérieur, début octobre. Lors de la réservation, ce commercial vaudois d'une quarantaine d'années avait annoncé qu'il viendrait avec son chien-guide. «C'est avec plaisir que nous accueillerons votre compagnon à quatre pattes au tarif de 30 fr.» a répondu l'établissement situé à Rougemont. «Je ne m'en suis pas offusqué tout de suite, car je me suis dit qu'ils ont cru qu'il s'agissait d'un chien de compagnie», se souvient Éric.

Une fois sur place, il a déchanté. L'établissement, propriété d'un magnat chinois de l'hôtellerie, s'est montré inflexible. «Et si j'étais tétraplégique, vous m'auriez facturé le fauteuil roulant...» s'est indigné le quadragénaire. Malgré ses protestations, il a dû payer, en plus de sa nuitée, la taxe pour son chien-guide.

L'ex-directeur: «Je vais rembourser de ma poche»

En vacances lors des faits, le directeur de l'hôtel, Peter Butler, est outré. «Je vis mon dernier jour ici en tant que responsable. Même si la loi ne l'interdit pas, cela n'a aucun sens de facturer un chien-guide», a-t-il réagi. Le bientôt ex-gérant de l'hôtel de luxe fustige «la radinerie et l'indélicatesse» ayant conduit à cette taxe. «Je ne veux pas que le client reste sur une impression négative. Je lui rembourserai ses 30 fr. et lui offrirai une bonne bouteille de vin à titre personnel», a-t-il promis dans un chatoyant accent alémanique.

«Des valeurs nobles pour gérer les situation avec intelligence»

La loi interdit la discrimination et l'ordonnance sur l'hygiène permet la présence des chiens d'assistance dans les restos. Mais, même si les hôtels-restaurants ne sont pas obligés d'adapter leurs offres aux besoins des handicapés, pour Inclusion-Handicap, «taxer les chiens-­guides est en contradiction avec la Convention de l'ONU». Directeur de l'association des hôteliers romands, Alain Becker indique qu'il y a «des valeurs nobles pour gérer avec intelligence certaines situations». L'été passé, la Cour européenne des droits de l'Homme (CrEDH) n'est pas entrée en matière sur le recours d'un homme en fauteuil roulant qui s'était vu refuser l'accès à un cinéma genevois. S'estimant discriminé à cause de l'inaccessibilité de la salle aux personnes à mobilité réduite, il avait saisi la justice. Débouté par le Tribunal cantonal et le Tribunal fédéral, le cinéphile paraplégique genevois a essuyé un autre revers à Strasbourg.

Accès refusé pour des motifs de sécurité

En 2018, une Fribourgeoise aveugle qui devait prendre l'avion à l'aube avait voulu faire une réservation dans un hôtel près de Cointrin. Le réceptionniste lui avait répondu sèchement: «Pas de chien, guide ou pas». Le directeur de ce quatre-étoiles genevois avait, lui, brandi des raisons de sécurité: «On n'est jamais sûr du comportement d'un chien. Sans téléphone en braille ni sonnette d'alarme, nous n'avons pas voulu prendre de risque.»

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